- Sclérose en plaques : une étude québécoise contredit l'hypothèse du Dr Zamboni

Une étude menée par une équipe de chercheurs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) n'a pas permis de corroborer l'hypothèse controversée du chirurgien vasculaire italien Dr Paolo Zamboni, qui soutient qu'une insuffisance vasculaire céphalorachidienne chronique est à l'origine de la sclérose en plaques.

Entre l'automne 2010 et le printemps 2011, 65 personnes ayant reçu un diagnostic de sclérose en plaques et 65 personnes en bonne santé ont été soumises à une échographie veineuse pour vérifier s'il y avait un certain épaississement dans les veines du cou, comme suggéré par le Dr Zamboni.

Cet épaississement amènerait un reflux du sang vers le cerveau, où seraient déposés des dépôts ferreux, ce qui pourrait contribuer à déclencher la sclérose en plaques. Le Dr Zamboni a démontré une augmentation significative (de plus de 90 %) de reflux et de sténoses du système veineux chez les patients par rapport aux sujets normaux.

Selon les premières données obtenues par l'équipe du Dr Albert Lamontagne, le neurologue du CHUS responsable de l'étude, entre 20 % et 30 % des gens atteints de sclérose en plaques présentaient un reflux. Toutefois, la même proportion a été constatée chez les gens n'ayant pas la maladie.

« Il reste encore des données à analyser, mais ça soutient ce qui a déjà été publié sur le sujet ailleurs. Ces résultats ne corroborent pas la théorie italienne », soutient le Dr Lamontagne.

Un nouveau radiologiste pourrait notamment être appelé à analyser les résultats. « L'histoire n'est pas terminée. Nous nous apprêtons à faire des analyses plus élaborées afin de vérifier si nos données sont les mêmes selon les formes de sclérose en plaques, par exemple », ajoute-t-il.

À l'heure actuelle, quatre grandes études sur le sujet sont en cours au Canada et trois autres aux États-Unis. Quelque 1300 personnes participent aux différents projets de recherche. Les résultats devraient être connus sous peu.

Qu'est-ce que la sclérose en plaques?

La sclérose en plaques est une maladie imprévisible du système nerveux central constitué du cerveau et de la moelle épinière. Le système immunitaire prend pour cible la myéline, soit la couche protectrice qui entoure les cellules du système nerveux central.

Que penser de l'angioplastie?

Le traitement controversé, la thérapie de la libération, n'est pas offert au Canada, mais des patients ont voyagé dans d'autres pays afin de pouvoir le suivre. Jusqu'à présent, une douzaine d'Estriens ont choisi de subir une angioplastie, une chirurgie proposée par le médecin italien pour réduire les symptômes de la sclérose en plaques.

« Nous ne sommes pas là pour les influencer. Nous allons continuer à leur dire ce qu'on leur dit depuis deux ans : que les résultats des études ne sont pas suffisamment probants pour prendre position », explique le Dr Lamontagne. Le neurologue affirme qu'il continue à suivre et à soutenir ses patients qui ont choisi cette voie.

« Nous tentons de bien les diriger dans le choix de la clinique où ils subiront l'intervention. Nous leur disons d'être prudents dans leurs démarches. Le tourisme médical peut être très alléchant pour des cliniques moins honnêtes », rappelle le directeur de l'Association de la sclérose en plaques de l'Estrie, René McKay.

Pour subir cette intervention, les Canadiens doivent se rendre en Europe de l'Est ou aux États-Unis. Il en coûte quelque 10 000 $. « Ça fonctionne pour certains, pour d'autres non. On ne sait pas pourquoi. On ne sait pas quoi en penser. Il y a tellement de questions sans réponse qu'on se doit de pousser plus loin les études », affirme M. McKay.

La thérapie de libération

Le traitement de la sclérose en plaques développé par Paolo Zamboni fait l'objet d'une controverse dans le milieu scientifique. D'après le médecin italien, la maladie serait due à une perturbation de la circulation sanguine, alors que, de manière consensuelle, la communauté médicale la considère plutôt comme une maladie neurologique auto-immune. La thérapie de libération consiste à dégager certaines artères par une angioplastie, en les dilatant avec un cathéter ballon.

Un travail bénévole

L'étude de l'équipe du Dr Lamontagne a été faite bénévolement. Une résidente senior en radiologie, Dr Neda Tehranipour, a accepté de participer au projet en procédant aux examens et à l'analyse des échographies veineuses dans le cadre d'un projet de fin d'études. Le Dr François Belzile, un radiologiste interventionniste, et une statisticienne, Nathalie Carrier, ont également travaillé sur le projet.

« Notre étude n'a rien coûté à la société », rappelle fièrement le Dr Lamontagne. Environ 5000 personnes ont demandé à l'Association de la sclérose en plaques de l'Estrie de mener une telle étude.

Les résultats seront dévoilés officiellement mardi soir aux membres de l'Association de la sclérose en plaques de l'Estrie.

La sclérose en plaques (SEP) en chiffres

  • Quelque 12 000 Québécois sont atteints de SEP.
  • En Estrie, 800 personnes sont suivies à la Clinique de sclérose en plaques du CHUS.
  • Dans certaines régions, la prévalence peut aller jusqu'à 200 personnes atteintes sur 100 000.
  • La SEP est le plus souvent diagnostiquée entre 15 et 40 ans.
  • Le taux de risque d'être atteint de la SEP au Canada figure parmi les plus élevés du monde.
  • La SEP est la maladie neurologique la plus répandue chez les jeunes adultes de notre pays.
  • Chaque jour, trois nouveaux cas de SEP sont enregistrés au Canada.
  • Les femmes sont trois fois plus susceptibles d'être atteintes de SEP que les hommes.