- Appels frauduleux : Harper nie toute implication de son parti

Le premier ministre canadien Stephen Harper dément toute implication des conservateurs dans un stratagème d'appels téléphoniques, que l'opposition qualifie de fraude électorale majeure.

Lors du scrutin de 2011, des milliers de foyers ont reçu des appels automatisés les informant que le bureau de vote de leur circonscription avait déménagé, alors que ce n'était pas le cas.

Les enquêteurs d'Élections Canada ont découvert que la compagnie albertaine RackNine était à l'origine des appels visant apparemment à décourager des électeurs de se rendre aux urnes. Or, cette firme de messagerie vocale a déjà été embauchée par de nombreux candidats conservateurs, dont le premier ministre lui-même.

« Je n'ai aucune connaissance de ces appels [...] et si quelqu'un a fait quelque chose d'inapproprié, je m'attends à ce que ces gens fassent face à toutes les conséquences de la loi, mais ce n'est pas une affaire de notre parti », a déclaré M. Harper lors d'une conférence de presse à Iqualuit, au Nunavut.

Le premier ministre a par ailleurs soutenu que le cas de RackNine n'avait rien à voir avec le stratagème illégal du «  in and out  » qui lui avait permis en 2006 de faire plus de dépenses électorales que n'en permet la loi.

« Ce sont des incidents différents. Pour le «  in and out  », on a fait selon ce qu'on croyait être les règles à l'époque. Dans ce cas-ci, on n'est pas au courant de ces appels. Ils ne font pas partie de notre campagne », a-t-il affirmé.

Le NPD exige une enquête

Néanmoins, le Nouveau Parti démocratique accuse les conservateurs d'avoir orchestré l'affaire et demande qu'une enquête criminelle soit menée.

En conférence de presse, le député Robert Aubin a même avancé que l'opération frauduleuse, qui a touché 18 circonscriptions, pourrait remettre en question la majorité obtenue par le parti de Stephen Harper le 2 mai dernier.

« Vous connaissez la culture de contrôle qui existe au sein du Parti conservateur. Est-ce qu'on peut vraiment imaginer une minute que ce soit là l'apanage d'un bénévole ou d'un dirigeant de campagne locale? Non, c'est totalement inapproprié et ce n'est pas crédible. Alors c'est clair que dans les hautes officines du Parti conservateur, on est tout à fait au courant du stratagème », a-t-il fait valoir.

De son côté, le député libéral John McCallum croit que la fraude a coûté au moins un siège à sa formation. « Ce que je peux conclure, c'est que, certainement, le parti qui a bénéficié de ces actions, c'est le Parti conservateur. Donc, il me semble très probable que c'était un conservateur [qui était à l'origine de ces appels] », a-t-il estimé. « Si c'était un conservateur qui n'avait pas l'approbation de son parti ou non, ça, on ne sait pas », a-t-il nuancé.

Quand son enquête sera terminée, Élections Canada décidera si des accusations s'imposent.

Avec des reportages d'Emmanuelle Latraverse et de Tamara Alteresco