© Jean-Benoît Nadeau

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Il n'existe pas, en français, d'expression universelle pour désigner ce type d'engin. Certains parlent de VR (pour véhicule récréatif), de « motorisé », d'auto-caravane. Je préfère camping-car, mais aussi un faible pour casa rodante, en espagnol.

Le nôtre a plusieurs surnoms, dont Hervé le VR, l'Escargros et Le Vengeur Beige. Mais celui qui colle le mieux, finalement, c'est El Gran Camión - en appuyant bien sur le « mionne».

L'Amérique

Rien de tel qu'un camping-car pour vivre l'Amérique de l'intérieur. Grâce au Gran Camión, nous avons non seulement pu visiter le sud-ouest de fond en comble, mais y arriver ici avec notre bagage, dont du matériel de bureau, plus notre voiture en remorque.

Car le Gran Camión est une métaphore de l'Amérique - la vie en tout inclus, tout équipé, l'autonomie totale. C'est la bagnole ultime.

Les touristes allemands et français qui voyagent dans ce genre d'engin ne s'y trompent pas : le camping-car est l'Amérique. Plus encore que Disneyland ou la Route 66, et certainement à égalité avec la statue de la Liberté et le billet d'un dollar.

Quel autre moyen de transport peut vous permettre de visiter le Grand Canyon en hiver, de découvrir un camping sur le strip à Las Vegas, de camper une nuit près d'un ruisseau entre les séquoias, de faire la course aux roadrunners dans Death Valley, puis à Disneyland, de prendre votre vélo pour aller acheter du lait?

Ma seule infidélité est d'avoir loué une voiture à San Francisco, et d'avoir privé mon Gran Camión de voir la plus belle ville des États-Unis. Soyez certain que je le regrette.

Le tour du propriétaire

Mais venez un peu que je vous fasse visiter - il s'agit d'un véhicule typique avec couchette au-dessus du cockpit. Beaucoup plus petit que ces espèces d'autocars modifiés à nez plat; mais beaucoup plus gros que les minuscules combis, qui requièrent des talents de mécaniciens.

De l'extérieur, le Gran Camión est d'un beau beige crème. Ses lignes brunes et orange ajoutent à l'aérodynamisme naturel. En son for intérieur, tout est dans les teintes de beige-brun-marron, avec fini bois, d'esthétique pré-Duran Duran 1986.

Il y a trois lits là-dedans, une cuisinette avec une cuisinière quatre ronds, un four au gaz, un micro-ondes, une salle de bain avec douche (désolé, pas de baignoire), le chauffage central à air chaud, la climatisation, le chauffe-eau au gaz. Il ne manque que le cellier.

Un truc simple, quoi. À côté des camping-cars modernes à extension télescopique, antenne satellite, trois postes de télé, caméras pour les angles morts et le recul, et génératrice intégrée, le nôtre est d'une simplicité rétro qui fait rêver les collectionneurs.

Rénos ambulantes

Un camping-car a beaucoup en commun avec un navire. Outre le pilotage, il faut gérer un réseau électrique de 12 V et de 110 V, la plomberie, un réseau de propane et les réservoirs d'eaux grises et brunes. C'est d'ailleurs pourquoi dès l'achat, je me suis inscrit à la Fédération québécoise de camping-caravaning, pour y suivre quatre cours sur l'électricité et le propane - deux weekends de rêve.

Il y a aussi les rénovations. Comme notre budget ne nous permettait pas un camping-car neuf, très cher, ou un moins neuf, encore assez cher, nous nous sommes accommodés d'un « moins jeune » - un 1986.

Alors comme pour un vieux chalet, j'ai passé une partie de l'automne à « gosser ». Cas de figure : comme il fallait remplacer le frigo, il a fallu trouver un gars de frigo et le frigo - un machin compliqué qui marche à l'électricité ou au propane. Comme l'ouverture pour le frigo était trop petite, il a fallu l'agrandir et donc déplacer une cloison. Mais le frigo ne passait pas dans la porte! Il a fallu démonter la porte et le cadre, ce qui a révélé que le seuil était pourri. Genre.

Le prix de la liberté

J'apprécie les services rendus, mais je ne tiens pas au camping-car - pour les mêmes raisons que je ne veux pas de chalet. J'en ai acheté un tout simplement parce que cela coûtait trop cher d'en louer un six mois.

Dès le retour, je le vends. En fait, il est déjà à vendre sur lespac.com et Kijiji à la rubrique « Motorisé Classe C Okanagan 1986 » - ce n'est pas de la pub, je vous dis ça pour les photos...

Car il n'y a pas que des avantages à voyager dans ce genre de véhicule. Certes, il est très utile de traîner son lit, sa douche et sa cuisine, mais il faut vivre avec les rénos, les immanquables conférences de mononques dans les campings et une certaine dose d'inconfort routier.

C'est que ça vibre, un camping-car. Quand on vire un peu trop serré ou qu'on freine un peu trop sec, tout ce qui est sur les comptoirs ou sur les tables décroche. Un cahot un peu raide, et les tablettes du frigo décrochent ou le transformateur grille - comme cela vient de m'arriver en Californie.
C'est le prix de la Liberté : 599.99 $ pour le transfo.

Et que dire des pleins d'essence, qui prennent une éternité - à coup de 150 litres aux 600 km, l'engin est tout le contraire d'un chameau : le Gran Camión boit beaucoup.

Mais il faut s'y faire : l'Amérique, c'est aussi les pleins de 150 litres!

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau

Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Ses recherches pour son prochain livre l'amènent maintenant dans le Sud-ouest américain, quelque part à l'ouest du Pecos...»

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