Une corde à linge entre deux palmiers

Jean-Benoît Nadeau

Ici, Stephen Harper passerait pour socialiste. En mai, ils organisent un référendum pour savoir s'ils augmentent la taxe de vente de 1 % et ils envisagent de permettre aux professeurs de porter leur arme sur les campus.

Cette chronique portera sur ma vie américaine, sur fond d'Obama, de travailleurs immigrants, de 4-litres de lait à 2,50 $. Rien de bien spectaculaire : on va se parler des vraies affaires et d'épines de cactus.

Une corde à linge entre deux palmiers
J'amorce donc avec ma corde à linge.
Comme la plupart des maisons de Phoenix, la mienne n'avait pas de corde à linge - chose étrange au pays des cactus, où pourtant l'air est si sec.

Qu'à cela ne tienne. Je suis donc revenu de la quincaillerie avec 30 mètres de corde, que j'ai entortillée autour des palmiers du jardin. Le palmier présente de nombreux avantages avec son écorce rugueuse et surtout l'absence de branches...

Et quand ce fut fait, je suis parti avec mes filles cueillir des oranges dans l'arbre du voisin d'en face. Délicieuses - surtout les petites -, mais le plus étrange est que personne ne cueille d'oranges, qui pourrissent sur la branche.

Quelques gadgets
La Poune avait sept ans l'année où l'État de l'Arizona est officiellement entré dans l'Union, en 1911. Et comme la plupart des habitants de ce jeune État sont nés ailleurs, tous sont un peu des étrangers chez eux.

Cela se voit avec mon bungalow, tout à fait typique ici. Totalement inadapté au climat. La toiture en pente concentre la chaleur. Mes fenêtres n'ont ni volets, ni auvent pour éloigner le soleil. Et ma maison n'est pas équipée de ce très ancien système de géothermie appelé un sous-sol. Quant aux arbres, lorsqu'il y en a, la plupart sont plantés du mauvais côté de la maison, afin de ne produire aucune ombre utile.

Les adaptations au climat sont d'abord superficielles. Notre machine à laver et notre sécheuse sont installées dans la remise. Chez le voisin, elles sont carrément sur le patio - à côté du frigo à bière, également dehors à l'année. J'ai même observé une maison du quartier dotée d'une cuisine d'été extérieure complète.

Plusieurs maisons ont un patio d'hiver, côté sud, et un patio d'été côté nord pour s'abriter. Le mien est doté d'un réseau de tuyaux percés de trous minuscules qui permettent de s'asperger d'un nuage de gouttelettes d'eau. J'ai essayé hier et ce fut très agréable.

Le passage des saisons
Ici, l'ennemi n'est pas le froid et les tempêtes de neige, mais le soleil et les tempêtes de sable. Ce qui explique peut-être l'absence de cordes à linge.

L'hiver, ça va : 20 °C le jour, 8 °C la nuit. Cette année, El Niño s'en est donné à cœur joie. Les rivières, habituellement asséchées, débordent. Et le vent m'a arraché le seul cactus qui ornait le devant de la maison. Vous avez déjà essayé, vous, de vous débarrasser d'un tronc couvert d'épines? C'était nouveau pour moi... et ouille que j'ai beaucoup appris!

Le printemps, ici c'est quand le mercure atteint les 30 °C - à la mi-mars. Dans le désert, les brins d'herbe poussent entre les cailloux et nous profitons de la fraîcheur relative pour aller randonner dans le désert et admirer les cactus en fleurs.

Une chose que les Arizoniens ne font pas au printemps : changer l'heure. Eux préfèrent voir le soleil se coucher le plus tôt possible. À cause de la chaleur qui arrive, alors ils préfèrent l'heure d'hiver à l'année.
Car lorsque l'été se pointera, le mercure oscillera autour de 40 °C, avec des pointes vers les 50 °C - à l'ombre. Et plus personne ne sortira, sauf le soir. Même l'école finira le 28 mai. Oui, oui : vous avez bien lu : à cause de la chaleur, mes filles seront en vacances scolaires dès le 28 mai!
Pourquoi les priver de désert?

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Jean-Benoît Nadeau

Jean-Benoît Nadeau
Journaliste au magazine L'actualité, Jean-Benoît Nadeau a une carrière bien remplie. Il a signé cinq livres et 700 articles de magazine, qui lui ont valu 45 prix de journalisme. Ses recherches pour son prochain livre l'amènent maintenant dans le Sud-ouest américain, quelque part à l'ouest du Pecos...»

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