Kansas City, le 27 novembre 2009 - Charlie Riedel-AP

Après avoir mangé de la dinde et de la tarte à la citrouille à en péter le bouton de leurs pantalons jeudi, de nombreux Américains ont passé la nuit dehors. En file, ils attendaient devant les commerces promettant les meilleurs prix pour les cossins les plus en vogue de l'année : ordinateurs potables, téléphones intelligents, télévision qui n'entre pas dans le cadre de la porte, etc.

Black Friday est une journée noire effectivement, pour ceux qui n'ont pas les moyens de magasiner. Et la journée est longue. Certains commerces ont ouvert leurs portes à cinq heures du matin pour permettre aux fous de la glissette (cette maladie de glisser sa carte de crédit partout où elle peut vous « donner » des choses) d'assouvir leurs pulsions de magasinage.

Et justement, les gens souffrant de la glissette sont nombreux aux États-Unis, 78 % des foyers américains possèdent au moins une carte de crédit. En 2008, les consommateurs américains possédaient en moyenne plus de cinq cartes de crédit. Il y aurait plus de 1.5 milliard de cartes de crédit en circulation au pays. Seulement 30 % des Américains payent la totalité de leur solde chaque mois.

Une chose encourageante par contre, la glissette semble avoir fait moins de victimes cette année. Seulement le quart des consommateurs auraient acheté avec une carte de crédit pendant la fin de semaine de la Thanksgiving. Les autres ont utilisé l'argent comptant et leur carte de débit pour effectuer leurs achats, selon un sondage de America's Research Group commandé par Reuters.

Le début de la saison de magasinage
Black Friday signifie le début de la saison de magasinage des Fêtes aux États-Unis. Dans une économie encore fragile, les Américains ont été plutôt prudents, à tout le moins comparativement à l'an passé. Selon la National Retail Federation, 195 millions de personnes ont accouru dans les magasins et sur le web pour profiter des aubaines du Black Friday. C'est une augmentation de 23 millions de visites comparativement à l'an passé. Mais les gens ont dépensé 8 % de moins, mais quand même un astronomique 41.2 milliards de dollars US, soit 343 $ par Américain.

Les commentateurs financiers s'amuseront à analyser toutes ces données, à tenter de donner un peu d'espoir et de confiance à l'économie américaine qui en a grand besoin. Malgré un taux de chômage record en 26 ans et une des pires crises économiques dans l'histoire des États-Unis, les Américains ont dépensé 343 $ chacun en une fin de semaine... Un non-sens.

Et le plus inquiétant, c'est que la saison des dépenses ne vient que de commencer. Le lundi suivant la Thanksgiving, c'est le Cyber Monday. Les promotions alléchantes des commerces en ligne tentent de séduire les Américains. Le commerce en ligne aux États-Unis prend des proportions de plus en plus importantes dans la consommation (excessive) américaine. On attend plus de 100 millions de consommateurs sur le web en ce Cyber Monday. Les plus gros : Best Buy, Wal-Mart et Amazon feront des affaires d'or... et ce sera avec des cartes de crédit dont on ne payera que les intérêts. Et la roue de l'endettement se perpétue.

Une semaine avant ce Black Friday, les médias américains profitaient de la situation pour offrir des guides de consommation « responsables » (dans le sens économique du terme). - Oubliez les messages de recyclage et de consommation verte, pendant le Black Friday, il faut acheter du neuf. - On nous martelait les oreilles avec des trucs pratiques pour battre les foules dans les magasins et sauver du temps pour dépenser encore plus...

J'en étais tellement écoeurée que j'ai fui... Pendant la fin de semaine de la Thanksgiving, je n'ai pas mangé de dinde, ni de tarte à la citrouille. Je n'ai pas regardé le football, ni le magasinage sportif à la télévision. Je m'avoue coupable de m'être sauvé en camping loin de la civilisation pour éviter de vivre la folie de ce Black Friday.