Chaque fois qu'en pitonnant, je tombe sur la nouvelle émission de critique culturelle animée par Catherine Perrin à Radio Canada, j'étouffe, je frémis. Ce n'est pas le mauvais jeu de mots du titre clin d'œil à Sex in the city qui m'irrite, ni la tentative nostalgique de faire renaître la légendaire Bande des six qui m'agace. C'est le choix des chroniqueurs. Que j'aime bien par ailleurs. Là n'est pas la question. Mais, la réunion de Petrowski, Homier-Roy, Nuovo et Marie-Christine Blais sur un même plateau constitue la négation même de la diversité des points de vue au Québec ou la démonstration que cette société est aussi étroite et tricotée serrée que les mailles des mitaines de ma grand-mère. Renée Homier-Roy anime C'est bien meilleur le matin, 15 heures de présences hebdomadaire en ondes, sans parler de son show à Art TV, Nathalie Petrowski, c'est 4 à 5 textes par semaine dans La Presse, une chronique hebdomadaire à l'émission de Christiane Charrette, Nuovo anime une émission culturelle à la Radio de Radio-Canada...et ainsi de suite. Bref, qu'avons-nous besoin de les réentendre dans une autre émission sur les mêmes sujets ? N'y a-t-il personne d'autre au Québec capable de torcher une critique potable sur le dernier show du Cirque du Soleil? Qui plus est, n'y a-t-il personne d'autre que des baby-boomers dont on entend les points de vue depuis Mathusalem qui sont capables d'aller au cinéma et d'en faire un compte rendu ? Je n'ai rien contre Renée, mais j'écoutais déjà son Show avec Chantal Jolis lors de la dernière guerre mondiale juste après avoir regardé un épisode de Passe-Partout. J'adore Nathalie que j'ai découverte en même temps que l'acné et Corey Hart, mais là c'est trop ! Fais-je de l'âgisme? Peut-être, un peu, mais j'assume. Les idées et les opinions des baby-boomers qui ont bercé mon enfance et mon adolescence, je les entends déjà assez souvent et, depuis assez longtemps, pas besoin d'en rajouter.

Au Québec ce n'est pas le jour de la marmotte, mais l'opinion de la marmotte. Tiens, on parle d'écologie. Ah! Surprise! C'est Saint Steven Guilbeault, néo-Jésus de Montréal qui parle à la TV. Selon un rapport de l'ombudsman, le porte-parole du vert, ex-directeur de Greenpeace a été interviewé pas moins de 129 fois à Radio Canada en 2007. Sur 365 jours, c'est une maudite bonne moyenne au bâton. N'y a-t-il personne d'autre capable d'émettre une opinion intéressante sur les enjeux écologiques? J'aimerais bien faire le test avec la présidente de l'ordre des psychologues du Québec. Combien d'heures de présence médiatique cette année ? On l'entend tellement souvent et à toutes les sauces que je me demande parfois si elle n'est pas la seule membre de son association. Et que dire de Richard Martineau qui, comme Dieu, est partout, en tout et a une opinion sur tout à Télé Québec, TVA, Elle Québec, le Journal de Montréal. Et que dire de Denise Bombardier? De Laure Waridel qui semble être la seule à pouvoir s'exprimer sur le commerce équitable? Que dire en effet? Que c'est irritable ! Bref, J'aimerais bien comprendre comment ça marche dans la tête des gens qui engagent ou invite ces pieuvres tentaculaires de l'opinion. Tiens, il ou elle est partout, pourquoi pas chez nous ? Est-ce de la paresse? Fâcheuse, cette tendance bien de chez nous à la surexposition ! Pendant ce temps, de jeunes journalistes peinent de piges faméliques, en contrats précaires ou sont carrément sur le trottoir ou sur les bancs des H.E.C histoire de réorienter...en attendant que le Québec ait envie d'entendre la chronique d'un jeune de Chicoutimi ou d'un Haïtien de Montréal Nord ou d'un jeune tout court.

N'y a-t-il que six critiques culturelles dans cette cité incestueuse? Je devrais proposer la question à la fédération professionnelle des journalistes qui tient son congrès à la mi-novembre. On pourrait en faire un atelier de réflexion et inviter Rose-Marie Charest pour animer le débat, elle a fait ses preuves n'est-ce pas? Il faudrait se demander si le Québec est une famille dysfonctionnelle qui radote et se complait dans un spectre d'opinion limitée? Où tous les leaders d'opinion se ressemblent : né après la Deuxième Guerre, probablement divorcés, souvent à gauche, résidant à Montréal, propriétaire de la collection complète des 33-tours de Jacques Brel et présents lors de la soirée référendaire de 80. Avons-nous au Québec un problème de consanguinité intellectuelle? On est juste 7 millions, mais faudrait s'en parler ! Non?