Comme Zoé, parfois, culpabilise entre deux boires de ne pas suivre l'actualité à son goût, elle me téléphone de temps en temps et exige une mise à jour. Je fais donc de mon mieux... pour lui inventer des nouvelles et lui annonce fréquemment la mort de Jean Charest. Habituée à mes singeries, elle ne m'a tout d'abord pas crue lorsque je lui ai annoncé ce matin qu'il y avait une course à la direction de la fédération des femmes du Québec. « La quoi ? C'est quoi ça la Fédération des femmes ? Ça n'existe même pas cette affaire-là... arrête de me niaiser ! »

Thérèse Casgrain a dû se retourner dans sa tombe. J'ai envoyé Zoé à son ordinateur. Les membres de la F.F.Q tiennent une assemblée générale ce week-end et je voulais savoir ce que Zoé pensait des trois candidates qui se proposent de diriger l'organisme qui se targue de représenter toutes les femmes du Québec. Zoé s'esclaffe « D'abord, le site internet est pêche, c'est affreux... Sérieusement, elles défendent des causes nobles : les femmes monoparentales, battues, pauvres, autochtones, lesbiennes. C'est super qu'elles le fassent, mais ça me touche très peu. En fait, je trouve ce discours féministe un peu dépassé, voire réducteur. Moi, je suis féministe, mais j'aurais envie d'entendre parler de la place des femmes dans les conseils d'administration des banques, de la conciliation travail famille...Enfin, une chance qu'elles ont un site Internet parce que je ne t'aurais jamais cru! Comment ça se fait que je n'en ai jamais entendu parler? »

Quelques heures plus tard, dans le vestiaire du W.M.C.A où je m'entraîne avec ma copine Stéphanie, une photographe dans la trentaine qui a vécu au moyen orient, je suis retentée par l'exercice. « As-tu entendu parler des élections à la Fédération des femmes du Québec?» « La quoi?... Ah! Oui! Je n'en avais jamais entendu parler avant qu'elles ne prennent cette position débile sur le port du voile ! Comment peuvent-elles parler au nom des femmes du Québec ? Qui représentent-elles ? »


Après six ans à la tête de la F.F.Q, Michèle Asselin qui termine son troisième mandat doit céder la place. Or, cette course à la direction d'une institution pourtant capitale dans la vie des femmes se déroule dans la plus grande indifférence. Pourquoi ? Pourquoi les femmes qui m'entourent et qui se disent féministes ne s'intéressent pas du tout à la F.F.Q, voire ignore jusqu'à son existence? Les textes des candidates à la présidence peuvent peut-être fournir un élément de réponse. La première, Sylvie Lévesque a travaillé pendant 15 ans au sein de la vertueuse

Sylvie Lévesque

Sylvie Lévesque (www.ffq.qc.ca)

association des familles monoparentales et recomposées du Québec. Cernée, pas maquillée, elle a l'air tout droit sorti d'une assemblée politique enfumée des années 70. Dans son texte, Madame Lévesque écrit : «Nous devons demeurer vigilantes... face à la montée de l'antiféminisme. Diverses organisations font preuve d'intimidation et de diverses formes de harcèlement à l'égard de la FFQ ou des groupes de femmes.» Ah bon ? Intimidation et harcèlement ? Comme dans la construction ? Avez-vous appelé la police ? Passons...Autre paragraphe : «Nous devons demeurer vigilantes... face à la discrimination à l'égard des femmes, particulièrement les femmes racisées, immigrantes, autochtones, lesbiennes, ou celles vivant avec une limitation fonctionnelle. » Racisées ? Limitation fonctionnelle ? Qu'est-ce que ça veut dire au juste ? Et à quoi rime cette langue de bois que l'on retrouve partout dans le jargon de la F.F.Q ?

Le réchauffement de la planète

Alexa Conradi est la deuxième candidate. Fondatrice avec Françoise David de «Québec solidaire », elle est toujours membre de cette organisation politique. Or, selon sa charte : «La FFQ est un organisme non partisan d'éducation et d'action politique qui exerce un rôle de critique, de pression, de concertation et de mobilisation. »
Madame Conradi se présente ainsi: « Mes expériences de vie m'ont rendue sensible à la diversité, à l'exclusion et à la nécessité de bâtir des solidarités. En tant que fille d'un père immigrant, anglophone, lesbienne et mère d'adolescents-es qui évolue dans des milieux francophones, féministes et progressistes, je suis consciente de

Alexa Conradi

Alexa Conradi (www.ffq.qc.ca

l'importance de la solidarité entre générations... C'est ensemble que nous allons toujours plus loin ». Ensemble? Et Alexa continue : « Pour la première fois depuis vingt ans, on sent qu'il est dorénavant possible de remettre en question la pensée unique des néolibéraux. Ces derniers sont fragilisés devant notre refus d'accepter les crises alimentaires et économiques ainsi que nos cris d'alarme devant le réchauffement de la planète. Ces crises nous permettent de nous attaquer directement aux sources du problème - l'organisation capitaliste et patriarcale de la société. » Le patriarcat a le dos large, c'est le moins qu'on puisse dire ! La dernière candidate se nomme Anne Pasquier, elle aussi vient du milieu communautaire, elle aussi s'intéresse aux femmes exclues, pauvres, autochtones, etc.

Ce weekend, les membres de la F.F.Q., 151 associations et 417 femmes (c'est peu), choisiront le prochain leader du mouvement féministe. C'est elle qui dirigera l'organisation vers une nouvelle grande marche des femmes qui aura lieu l'an prochain. Puisse-t-elle mener aussi la fédération des femmes du Québec vers les féministes d'une nouvelle génération. Encore cette année, les femmes représentent 56 % des diplômés à l'université. La majorité des femmes ne sont ni exclues, ni souffrantes de dysfonction érectile ou limitation fonctionnelle, mais toutes celles que je connais sont conscientes qu'il reste des luttes à faire et sont prêtes à se battre... mais force est de constater que la F.F.Q ne les fédère pas.