- Le ministre Bachand préfère les casseroles aux casseurs

Le ministre des Finances, Raymond Bachand, également responsable de la région de Montréal, dit voir d'un bon oeil - peut-être aussi d'une bonne oreille - que des milliers de Montréalais martèlent depuis trois jours à coups de chaudrons leur opposition à la loi spéciale visant à mettre un terme au conflit étudiant. Il accueille ces concerts de casseroles comme une « bonne nouvelle ».

« Ceux qui font ça aiment Montréal comme moi », a t-il affirmé en entrevue à Radio-Canada.

Il continue de défendre la loi 78, adoptée la semaine dernière et maintenant contestée devant les tribunaux. « Ma préoccupation, c'est de protéger le coeur de Montréal, qui est attaqué - pas par ceux qui veulent manifester de bonne foi, mais par les casseurs qui s'infiltrent », dit-il, invoquant la nécessité de cette initiative législative controversée.

La loi n'enlève pas le droit de manifester, mais oblige les organisateurs à communiquer leur parcours, réitère-t-il. Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Michel Arsenault, a lui-même dit que le syndicat fournissait le parcours de ses manifestations à la police depuis 40 ans sans y voir de problème, a avancé le ministre Bachand.

La loi 78, soutient-il, protège contre les casseurs, mais aussi le manifestant qui doit traverser une rue et qui pourrait se faire frapper. « On a ramené la paix, car on n'a plus de batailles de nos jeunes devant les campus des collègues », ajoute-t-il.

Pour son gouvernement, il n'est d'ailleurs pas question de suspendre la loi le temps des pourparlers entre la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, et les leaders étudiants, prévus la semaine prochaine. « C'est un droit fondamental de toute personne d'avoir accès à sa classe sans être intimidé, bousculé, violenté par un groupe d'autres étudiants », invoque-t-il, présentant cet aspect comme le « fond de la loi 78 ».

Il reconnaît que la loi spéciale n'a pas eu exactement l'effet escompté par le gouvernement. « Je pense qu'il faut donner le temps à cette loi », dit-il, faisant valoir que, dans l'histoire du Québec, les lois spéciales n'ont pas été bien reçues. « Quand nos enfants se battent à l'entrée des écoles », argue-t-il, il s'agit d'une mesure nécessaire.

« Je suis inquiet comme Montréalais de ce qui se passe dans ma ville », ajoute celui qui, à l'aube des festivals de l'été et de la période des réservations d'hôtels, voudrait qu'« ensemble, on trouve une solution pour manifester pacifiquement sans faire peur à des dizaines de milliers de touristes étrangers ».

Accessibilité aux études : défi relevé, dit le ministre

Selon lui, la question de l'accessibilité aux études est « réglée ». Avec l'offre de son gouvernement, fait-il valoir, quelque 67 000 étudiants verront leurs études complètement couvertes ou auront même « plus d'argent dans leurs poches qu'avant ».

Quant aux frais de scolarité, il dit que la question sera abordée lors de la rencontre entre la ministre Courchesne et les leaders étudiants, vraisemblablement la semaine prochaine.

« Je pense que c'est une question qui va se régler à la prochaine élection », ajoute-t-il toutefois, y voyant une question d'opinion.

Le ministre affirme ne pas être surpris par le sondage CROP/Radio-Canada, selon lequel 45 % des citoyens favorisent l'indexation des droits de scolarité au coût de la vie devant toute autre option, comme le gel, la gratuité scolaire ou la hausse de 1778 $ sur sept ans préconisée par le gouvernement.

« Moi, j'aurais posé la question aux contribuables québécois : "c'est vous qui payez 3,5 millards $ dans les universités. Quel pourcentage l'étudiant devrait-il payer : 13 %, 17 %, 25 %, 40 %?" ». Avec la hausse, poursuit-il, la part étudiante avoisinera les 17 %,« moins que partout ailleurs au pays ».

« Les gens trouveraient qu'on n'en a pas demandé beaucoup aux étudiants », conclut-il.

Crise étudiante et loi spéciale, qu'en pensez-vous?

Consultez le sondage CROP/Radio-Canada pour connaître les faits saillants de l'enquête d'opinion. Nous vous invitons aussi à donner votre opinion.

D'après une entrevue réalisée par François Cormier