- La publicité du PLQ montre Marois telle qu'elle est, selon Charest

Le premier ministre Jean Charest défend la publicité du Parti libéral montrant Pauline Marois qui frappe des couvercles de casseroles. Il affirme qu'elle présente un épisode de la vie politique de la chef péquiste que les Québécois ont intérêt à connaître.

De passage à Québec avec des membres de son cabinet, le chef libéral s'est dit étonné par les commentaires du PQ, qui croit que la vidéo porte atteinte aux citoyens qui ont participé aux tintamarres contre la loi 78. « Moi, je pense que l'image parle par elle-même, et on n'a pas suggéré aux Québécois de conclusions tellement la conclusion s'impose par elle-même », a-t-il dit.

M. Charest a fait valoir que les images récupérées ont été d'abord diffusées par le Parti québécois. « C'est eux [les péquistes] qui ont rendu publiques ces images-là, puis personne n'aurait eu accès à ces images-là si ça n'avait pas été du fait que c'était eux qui les avaient mis en onde », a-t-il.

Depuis Montréal, le ministre des Finances Raymond Bachand a renchéri, estimant que les citoyens devaient être au fait du geste de Mme Marois. « Quand un chef de parti, publiquement, va manifester devant le local d'un autre parti politique, ça, ça ne se voit souvent dans l'histoire et, deuxièmement, avec des casseroles, [...] c'est un événement que les citoyens ont le droit de connaître. »

Il admet toutefois que certaines personnes pourraient interpréter le message à la faveur de la chef péquiste. « Pour un certain nombre de gens, ça va être positif. Pour un certain nombre d'autres, ça va être négatif », reconnaît-il.

La vidéo originale a été prise à Lachute, lors de la campagne électorale dans la circonscription d'Argenteuil, château fort que le PQ allait ravir aux libéraux le 11 juin. La publicité n'en présente qu'un court extrait qui a été mis en noir et blanc et soumis à des effets de zoom et de ralenti.

L'auteur des images originales, Guy Séguin, demande au Parti libéral du Québec de retirer la publicité. Le vidéaste a envoyé une mise en demeure à cet effet au PLQ mardi.

Y a-t-il eu violation du droit d'auteur? Notre journaliste Johanne Lapierre a posé la question à Me Pierre Trudel, avocat et professeur de droit.

Le PQ dénonce une publicité « méprisante »

Plus tôt sur les ondes de RDI, le député du Parti québécois Nicolas Girard estimait que la publicité du PLQ portait atteinte aux citoyens qui ont posé le même geste que Mme Marois pour exprimer leur opposition à la loi 78. « La publicité du Parti libéral de M. Charest, c'est assez méprisant à l'endroit des familles du Québec qui ont tapé sur des casseroles avec leurs enfants un peu partout pour protester contre la loi 78 qui s'attaquait à nos droits et à nos libertés », juge M. Girard.

Le péquiste croit que les images qui sont diffusées à la télévision depuis mardi donnent une idée du type de campagne que Jean Charest entend mener lorsqu'il aura arrêté la date des prochaines élections générales, que des rumeurs persistantes annoncent en septembre.

Le député de Gouin s'est dit peu étonné que le PLQ ait choisi d'associer la chef du PQ à la rue dans ce deuxième message publicitaire en moins de dix jours. « Ça faisait partie du document PowerPoint du premier ministre qu'il a présenté aux libéraux à la fin de la session parlementaire et dont le Parti québécois avait obtenu copie », rappelle-t-il.

De son côté, le camp péquiste mènera une campagne positive, assure M. Girard. « On va travailler très fort pour gagner la confiance des Québécois. Je pense que les gens veulent du changement, veulent de l'espoir, et ça a commencé dans Argenteuil il y a deux semaines », fait-il valoir.

L'origine des concerts de casseroles

Parti d'un appel lancé en mai sur le réseau Facebook par un professeur de politique de Saint-Hyacinthe, le mouvement « Nos casseroles contre la loi spéciale » a rythmé les soirées de plusieurs villes du Québec depuis ce temps. L'initiative visait à dénoncer la loi 78 du gouvernement de Jean Charest, qui encadre les rassemblements de 50 personnes ou plus.

L'utilisation de casseroles s'inspire notamment de mouvements similaires lancés dans le passé au Chili et en Argentine, où le phénomène portait le nom de cacerolazos. (Lisez notre article à ce sujet)

Une « manoeuvre désespérée », selon la CSQ

Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, voit quant à lui dans cette vidéo qui ridiculise Mme Marois une « manoeuvre désespérée » d'un premier ministre qui veut s'accrocher au pouvoir.

Lors du 40e congrès de la centrale qui représente 190 000 syndiqués, le chef syndical a jugé, comme le PQ, que cette publicité s'attaque à tous ceux qui ont manifesté leur mécontentement à l'égard du gouvernement Charest et de ses « politiques néolibérales ». À l'inverse de ce que semblent penser les stratèges libéraux, les milliers de personnes qui ont participé aux nombreux tintamarres contre la loi 78 « ne sont pas tous des cons », a-t-il dit.

M. Parent a appelé les Québécois à défaire les libéraux lors du prochain scrutin et à mettre en place un « autre modèle » de gouvernement.