La mère de Jun Lin éprouve de la sympathie

Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL - À l'origine, Zhigui Du était habitée par la tristesse et la colère. Elle se demandait comment une chose aussi horrible avait bien pu arriver à son fils Jun Lin, surtout dans un pays aussi pacifique que le Canada.

Mais au moment de dire un dernier au revoir à son fils de 33 ans, jeudi, à Montréal, elle a affirmé qu'avec le temps, elle avait commencé à éprouver une certaine sympathie pour celui qu'elle appelle le «diable».

«Au début, je ne pouvais m'expliquer les gestes commis par le meurtrier présumé que par l'oeuvre du 'diable'», a expliqué la mère éplorée de Jun Lin, victime d'un meurtre qui a attiré l'attention du monde entier. «Mais plus tard, lorsque j'en ai appris davantage dans les médias sur le suspect, en particulier à propos de sa malheureuse éducation, une autre partie de moi a développé une idée de sympathie pour cette personne décrite comme le 'diable'.»

Zhigui Du, qui était trop ébranlée pour assister jeudi aux funérailles de son fils, a tenu ces propos à l'issue de la cérémonie, dans un éloge funèbre prononcé lors d'une conférence de presse.

Le torse de l'étudiant en informatique a été retrouvé le 29 mai dans une valise laissée aux ordures derrière un immeuble à logements de la métropole. Les autres parties de son corps ont été envoyés par la poste dans différentes villes du Canada, et sa tête a été retrouvée dans un parc montréalais.

Luka Rocco Magnotta a plaidé non coupable à plusieurs chefs d'accusation en lien avec la mort de Jun Lin, dont une accusation de meurtre prémédité.

Une trentaine de personnes ont assisté jeudi aux funérailles, au Centre funéraire Côte-des-Neiges. Les parents de Jun Lin souhaitaient que leur fils soit enterré dans la ville qu'il préférait.

L'urne contenant les cendres a ensuite été inhumée près de là, sur un terrain acquis pour les circonstances. Avant la cérémonie, le père de Jun Lin a posé sa main sur l'urne et a éclaté en sanglots.

Les funérailles ont été célébrées par le père Henry Rodriguez, qui a rendu hommage à Jun Lin, un jeune homme aimant et attentionné qui adorait la vie et dont la propre vie a été écourtée par un «acte diabolique».

«Nous devons profiter de cette opportunité pour transformer cette horrible situation en quelque chose de positif qui ramènera la justice et la paix à cette famille et à la société», a fait valoir le père Rodriguez.

Zhigui Du s'est remémoré avec émotion le jour où son fils s'est envolé vers le Canada. «Lorsqu'il a quitté la Chine pour venir étudier ici au Canada, il désirait alors que nous lui disions au revoir avec le sourire. Alors aujourd'hui, je pense qu'il est temps de sécher nos larmes et de regarder, avec le sourire, notre fils s'en aller», a-t-elle soutenu.

Une première cérémonie publique avait eu lieu la fin de semaine dernière en mémoire de Jun Lin, dans une église de la communauté chinoise à Hampstead, sur l'île de Montréal.

L'université Concordia, où il étudiait, avait également organisé une campagne de souscription pour sa famille, et compte décerner un prix en sa mémoire. Jusqu'à présent, l'établissement a amassé environ 70 000 $.

De son côté, la famille de Jun Lin a décidé de créer une fondation en son nom afin d’aider les jeunes Canadiens et Québécois en détresse.

«Nous aimerions ainsi retourner aux Canadiens l'aide qu'ils nous ont apportée afin d'aider les jeunes dans le besoin pour qu'ils puissent trouver ou retrouver leur voie vers un foyer aimant», a expliqué Zhigui Du.

«Jun Lin aura vécu une si courte vie. Nous croyons que la création de cette fondation permettra ainsi de préserver sa mémoire.»