Duchesneau est démagogue, dit Charest

Jean Charest, Arthur St-Amand, Genevieve Villemure Denis. Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

LÉVIS, Qc - Jean Charest a accusé Jacques Duchesneau, candidat caquiste vedette, de faire de la démagogie lorsqu'il accuse le chef libéral de «servir ses petits amis».

Pour une deuxième journée consécutive, M. Charest a défendu son bilan de lutte à la corruption.

Le chef libéral a dû aborder ce sujet à cause du saut en politique retentissant de l'ex-chef de police Jacques Duchesneau, qui a confirmé dimanche sa candidature pour la Coalition avenir Québec (CAQ).

M. Charest a exprimé sa déception à la suite de propos de M. Duchesneau, qui croit que le chef libéral ne fera que continuer à servir «ses petits amis» s'il est réélu le 4 septembre.

«C'est de la pure démagogie, a-t-il dit. Pure, pure, pure démagogie. Je regrette que M. Duchesneau emploie ce genre de tactique. C'est décevant pour ceux qui vivent en démocratie qu'une personne comme ça se permette de faire des accusations générales.»

Selon M. Charest, qui a fait campagne dans la région de Chaudière-Appalaches dimanche, les accusations de M. Duchesneau ne reposent sur rien.

«C'est soutenu par quoi? Quels faits vient-il mentionner en soutien à ce qu'il vient d'affirmer? Rien», a laissé tomber le chef libéral.

Dans une entrevue publiée par le quotidien Le Devoir sur son site Internet, M. Duchesneau a affirmé que les entreprises se bousculent pour profiter des retombées du Plan Nord, projet phare de M. Charest, notamment celles du «réseau libéral».

À titre de dirigeant de l'Unité anticollusion (UAC), où il avait été nommé par le gouvernement Charest, M. Duchesneau a enquêté sur les pratiques douteuses dans la construction, pour finalement produire un rapport qui a mené à la création de la commission d'enquête présidée par la juge France Charbonneau.

Témoignant au printemps devant cette commission, M. Duchesneau a soutenu que le financement des partis politiques se compose de 70 pour cent de fonds occultes.

Le nouveau candidat caquiste, dont l'entrée en scène est le point focal de la campagne électorale depuis trois jours, a cependant affirmé qu'il n'a pas l'intention de dévoiler ce qu'il sait sur ces pratiques, afin de ne pas nuire à la commission Charbonneau.

Après avoir réitéré que son parti respectait les règles de financement, M. Charest a soutenu que M. Duchesneau agit incorrectement en lançant des accusations envers les libéraux sans donner de nom.

Mais le chef libéral croit en même temps qu'il serait irresponsable pour M. Duchesneau de déballer son sac dans le cadre de la campagne électorale.

Selon M. Charest, M. Duchesneau devrait transmettre les informations qu'il sait aux autorités compétentes plutôt que de les dévoiler publiquement d'ici au jour du vote.

«De faire ça dans une campagne électorale, à mon avis, c'est manquer à ses responsabilités, a-t-il dit. Il a le devoir de dénoncer ça aux autorités concernées. S'il connaît des cas, qu'il les dénonce.»

Même s'il juge que M. Duchesneau fait des affirmations gratuites, M. Charest n'a pas été en mesure de dire si le candidat caquiste a tenu des propos diffamatoires.

M. Duchesneau a décidé d'entrer dans l'arène politique lorsque le chef libéral s'est attribué, jeudi, la note de 8 sur 10 dans ses efforts de lutte à la corruption, une autoévaluation que le candidat caquiste a revue à la baisse, dimanche, à 2 sur 10.

M. Charest rappelé les lois qu'il a adoptées pour assainir le secteur de la construction, l'octroi de contrats publics ainsi que le financement des partis politiques, mais il est demeuré vague sur les initiatives qui pourraient suivre.

«Ce n'est jamais un travail achevé que de combattre la collusion et la corruption, a-t-il dit. (...) Si nous croyons qu'il y a des moyens supplémentaires, nous allons le faire et la commission Charbonneau doit nous aider dans ce sens-là.»

Le rapport de la commission Charbonneau est attendu en octobre 2013.

Après une annonce qui vise à stimuler la création de services de garde en entreprise, à Lévis, M. Charest a participé en soirée à un événement militant à Sainte-Claire, dans la circonscription de Bellechasse, que les libéraux ont arrachée en 2008 aux mains de l'Action démocratique du Québec, maintenant fusionnée à la Coalition avenir Québec.

Prenant la parole devant une salle où se trouvaient environ 300 militants, dont M. Charest, la députée sortante Dominique Vien, aussi ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, a affirmé qu'elle voulait être réélue pour éviter une autre «catastrophe nucléaire» comme l'élection d'un adéquiste en 2007.

En faisant un parallèle avec le sport, Mme Vien a décrit le prochain scrutin comme «une épreuve» à laquelle elle fait face.

«Ça ne nous sera pas donné sur un plateau d'argent, il faudra travailler, a-t-elle dit. Les gens ne veulent pas revivre ce qu'ils ont vécu en 2007, vous vous en souvenez de 2007, ç'a été une catastrophe nucléaire.»

Après avoir pris lui même la parole, M. Charest a longuement fait le tour de la salle pour serrer la main des militants attablés pour un souper spaghetti.

Mme Vien a été élue pour la première fois en 2003, avec une majorité de 1151 voix sur son adversaire adéquiste. L'ADQ a remporté le circonscription en 2007 avec une avance de 3711 votes, pour la perdre 18 mois plus tard.

En décembre 2008, Mme Vien est redevenue député avec une majorité de 2932 voix sur l'adéquiste.