Une pompe cardiaque pour éviter la transplantation

Cecere. La Presse Canadienne

MONTRÉAL - En cette journée de la Saint-Valentin, le coeur de Lauza Legere trépide, mais ce n'est pas parce qu'elle vient de croiser l'amour de sa vie. Plutôt, elle participe aux essais cliniques d'un dispositif d'assistance ventriculaire qui contracte l'aorte et pompe du sang vers son coeur endommagé.

«Je me sens beaucoup mieux qu'avant, parce que je suis beaucoup moins essoufflée», a confié Mme Legere, lors d'une entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.

Victime d'un infarctus le 25 août 2010, Mme Legere, une résidante de Laval, s'est soumise à la procédure le 21 décembre. Depuis, c'est le jour et la nuit, même si elle n'est pas en mesure de retourner sur le marché du travail.

«Avant, il fallait que je m'arrête à chaque deux ou trois mots. J'étais incapable de parler, j'étais incapable de marcher. J'étais vraiment incapable de faire quoi que ce soit. Grâce à cette pompe, mon coeur retrouve l'oxygène que je n'étais plus capable d'avoir.»

Le docteur Renzo Cecere, du Centre universitaire de santé de l'Université McGill (CUSM), à Montréal, a révélé que Mme Legere était la première personne au Canada à bénéficier de ce dispositif, qui permet de réduire les caillots sanguins pouvant causer des accidents vasculaires cérébraux.

Âgée dans la cinquantaine, Mme Legere s'est présentée au docteur Cecere dans un piteux état.

«Elle est arrivée dans mon bureau en fauteuil roulant, extrêmement essoufflée, sans la moindre qualité de vie et sans autre choix», a confié le docteur Cecere, en entrevue téléphonique.

Selon le docteur, Mme Legere n'était pas admissible à une transplantation à ce moment précis, et d'autres types de traitements médicaux ne fonctionnaient pas.

Le docteur Cecere procède à une série de tests, actuellement, et il espère implanter une douzaine de ces pompes d'ici 18 mois.

«Des milliers de patients pourront bénéficier d'une telle pompe», souligne le docteur Cecere, directeur du Programme d'assistance ventriculaire mécanique et directeur chirurgical du Programme d'insuffisance cardiaque et de transplantation cardiaque du CUSM.

«Il pourrait s'agir d'une thérapie efficace en lieu et place de la transplantation, ajoute le docteur Cecere. Certains patients pourraient se voir offrir cette procédure à titre de ce que l'on appelle 'thérapie de destination' — l'ultime et seule alternative.»

Inaugurée en Nouvelle-Zélande, cette pompe est issue d'un concept élaboré il y a 30 ans, selon le docteur Cecere. Par le passé, la technique était employée pour venir en aide aux patients ayant besoin de support temporaire et additionnel après une chirurgie cardiaque.

La procédure vise à implanter un ballonnet autour de l'aorte, l'artère qui pompe le sang du coeur vers le reste du corps. Le ballonnet se gonfle et se dégonfle après chaque pulsation cardiaque, permettant de faire circuler le sang à travers le coeur.

Cette procédure ne nécessite pas d'incision à proximité du coeur ou dans l'un des vaisseaux sanguins. Plutôt, le dispositif fonctionne à l'aide d'une pile externe et d'un ordinateur de petite taille.

Après la procédure, les patients n'ont pas besoin de faire usage d'anticoagulants.

La pompe peut être débranchée pendant de brèves périodes, afin de permettre au patient de prendre une douche ou d'aller nager pendant quelques minutes.

«L'appareil est branché sur l'aorte, précise Mme Legere. Je ne dépends pas de cette machine pour vivre, mais il faut que sois branchée 23 heures sur 24. Si je me débranche trop longtemps, je vais redevenir essoufflée comme avant.»

Malgré cette restriction, l'état de santé de Mme Legere s'est amélioré au point où les autorités médicales ont retiré son nom de la liste en vue d'une transplantation cardiaque.

«Elles ont enlevé mon nom de la liste parce que je récupère bien, explique la Lavalloise. Le médecin ne pensait pas que je serais aussi en forme après seulement un mois», raconte Mme Legere, qui n'hésiterait pas à recommander une telle procédure si elle peut éviter la transplantation et ses longues listes d'attente.