Charest joue la carte de la rigueur budgétaire

Jean Charest. FRANCIS VACHON / La Presse Canadienne

BOISBRIAND, Que. - Jean Charest a joué à fond vendredi la carte de la rigueur et de la gestion responsable des finances publiques dans l'espoir de donner un second souffle à sa campagne électorale.

En conférence de presse à Québec, le chef libéral a vanté la capacité de son équipe à exercer un gestion rigoureuse des fonds publics en période d'incertitude économique, une formule qui avait fait recette pour son parti lors de la campagne électorale de l'automne 2008.

Basé sur les prévisions budgétaires de 2012-2013, le cadre financier présenté par le Parti libéral du Québec (PLQ) prévoit des dépenses additionnelles de 245 millions $ en moyenne par année. Au cumulatif après cinq ans — la durée d'un mandat de gouvernement — la facture atteindrait 3,7 milliards $.

L'impact financier des engagements électoraux «se situe à l'intérieur de la marge de manoeuvre du gouvernement», a indiqué M. Charest.

«Ce que nous proposons dans ce cadre financier est en droite ligne avec ce que nous avons fait ces dernières années dans le contrôle des dépenses publiques», a-t-il fait valoir, conscient que l'économie est l'un des derniers terrains sur lequel le Parti libéral garde la cote auprès des électeurs.

Reportés au pouvoir, les libéraux garderaient le cap sur le retour à l'équilibre budgétaire en 2013-2014. Pour maintenir le déficit zéro, le gouvernement libéral imposerait, l'année suivante, de nouvelles compressions aux ministères, organismes et sociétés d'État.

Le Parti libéral s'engage en effet à limiter à deux pour cent la croissance des dépenses de programmes en 2014-2015, un point de pourcentage de moins que ce qui était initialement prévu.

Les services à la population seraient épargnés mais «tout ce qui touche l'administratif et les frais de gestion» passeraient au couperet, a précisé M. Charest.

«Il y a les services offerts aux citoyens et il y a le reste, c'est dans le reste qu'il faut faire l'effort», a-t-il déclaré aux côtés de ses ministres «économiques» dont Raymond Bachand des Finances et certains de ses candidats de la Vieille Capitale.

Quant à d'éventuelles hausses d'impôt, M. Charest a assuré que ce scénario ne figure pas au plan de match de son parti.

Le leader libéral tente de s'imposer comme le gardien de la rigueur alors qu'il reproche à son adversaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, de promettre «une explosion de dépenses».

Or, l'heure est à la prudence, a prévenu M. Charest, évoquant la «menace» qui plane sur l'économie québécoise, une économie dont la vigueur dépend fortement des marchés internationaux.

«L'Europe est en crise, elle va connaître des records de chômage, l'économie américaine ne décolle pas, les économies émergentes sont au ralenti. La menace est réelle, elle n'est pas inventée, elle n'est pas exagérée», a-t-il dit.

Pour M. Charest, les efforts investis par son gouvernement ont permis à l'économie du Québec d'obtenir «l'un des meilleurs scores» au Canada depuis la crise de 2008. Alors que les nuages s'accumulent dans le ciel des marchés mondiaux, les Québécois auraient avantage, selon lui, à miser sur l'expérience passée.

«Sur la question des finances publiques et sur les budgets, s'il y a un parti politique sur lequel on peut se fier, c'est le Parti libéral du Québec», a-t-il affirmé.

Le chef caquiste François Legault, qui présentait lui aussi le cadre financier de sa formation vendredi, a critiqué le manque d'originalité des engagements libéraux.

«Aucun changement de cap, rien pour les médecins de famille, rien pour les écoles, rien pour les familles, c'est la continuité, les Québécois sont tannés de la continuité, les Québécois veulent du changement», a-t-il argué.

Dans un autre registre, M. Charest a refusé de rappeler à l'ordre un de ses ministres, Serge Simard, qui a loué la veille le courage du maire de Saguenay, Jean Tremblay, pour sa sortie contre la candidate péquiste de Trois-Rivières, Djemila Benhabib.

M. Tremblay a soulevé la controverse en affirmant que Mme Benhabib, à cause de son origine étrangère, ne devrait pas intervenir dans le débat sur la présence du crucifix à l'Assemblée nationale.

D'ordinaire prompt à dénoncer toute expression réelle ou présumée de xénophobie, le chef libéral a éludé les questions des journalistes qui lui demandaient s'il allait rabrouer M. Simard, ministre délégué aux Ressources naturelles et candidat dans Dubuc au Saguenay.

«La campagne électorale doit se faire au niveau des idées et des enjeux, pas sur l'origine des uns et des autres. C'est pas ça l'enjeu de la campagne. M. Simard, quand il s'exprime, il le fait en fonction de nos valeurs à nous aussi les libéraux du Québec. Si M. Simard voit là-dedans autre chose que ça, posez la question à M. Simard», a-t-il souligné.

En après-midi, M. Charest est allé rencontrer les dirigeants de l'Union des producteurs agricoles, à Lévis, un passage obligé pour tout aspirant au pouvoir en campagne électorale.

Officiellement, l'influent syndicat agricole n'appuie aucun parti politique mais son président, Marcel Groleau, a accordé une note «de 7 à 8 sur 10» au dernier mandat du gouvernement libéral.

«On a renouvelé la Financière agricole, son budget est passé de 310 millions $ à 630 millions $, il y a eu des problèmes par la suite avec certains ajustements mais c'est en train de se corriger, les ministres de l'Agriculture successifs ont fait un bon travail et on a eu, à l'UPA, une bonne collaboration avec eux», a noté M. Groleau.

M. Charest a clos le 17e jour de sa campagne à Boisbriand, dans la circonscription laurentienne de Groulx, où il est allé prêter main forte à sa candidate Linda Lapointe, ancienne député adéquiste.