Le ministre français de l'Economie Pierre Moscovici (g) et le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi (d), le 21 juin à Luxembourg

D'intenses tractations se sont poursuivies mardi à deux jours d'un sommet européen, à nouveau jugé crucial pour l'avenir de la zone euro, sous le regard inquiet des marchés.

Les ministres des Finances des quatre premières économies de la zone euro se sont retrouvés mardi soir à Paris pour une rencontre destinée à préparer ce sommet, énième rendez-vous de l'Union monétaire avec son avenir depuis le début de la crise de la dette en Europe en décembre 2009.

Le Français Pierre Moscovici a reçu vers 19H00 (17H00 GMT) ses homologues allemand Wolfgang Schäuble et espagnol Luis de Guindos, le vice-ministre italien Vittorio Grilli et le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, pour des entretiens à l'abri des regards, quatre jours après un sommet des dirigeants de ces mêmes pays à Rome.

Rien n'a filtré dans l'immédiat de cette rencontre, qui a pris fin dans la soirée, selon une source proche des discussions.

L' objet de toutes les sollicitations, continue de croire aux vertus de la rigueur et se montre peu disposée à céder aux demandes de solidarité de ses partenaires.

"Quand je pense au sommet, ce qui m'inquiète est qu'il y aura toutes sortes d'idées de mutualisation de la garantie (des dettes souveraines) et trop peu d'idées pour plus de contrôle" des finances publiques, a déclaré lundi soir Angela Merkel. Selon des participants à une réunion parlementaire, la chancelière allemande est allée plus loin mardi: il n'y aura pas d'euro-obligations "aussi longtemps que je vivrai", aurait-elle lancé, probablement sous la forme d'une boutade.

Berlin veut quoi qu'il en soit renforcer l'intégration politique et le contrôle européen sur les politiques nationales, quitte à transférer pour cela davantage de prérogatives à l'échelon européen.

La France, longtemps réticente devant une telle perspective, a tenté mardi d'amadouer l'Allemagne en plaidant la cause d'un "partage de souveraineté".

Interrogé sur la possibilité pour Bruxelles de contrôler davantage les budgets nationaux, le ministre français du Budget, Jérôme Cahuzac, a indiqué que "c'est bien de cela dont on parle".

"Il faut que la France et l'Allemagne s'entendent. (...) Il faut que l'Allemagne cesse de fantasmer l'inflation (...) et puis il faut que la France comprenne que c'est aussi peut-être l'intérêt de notre pays, de la France, de procéder à ce partage de souveraineté", a-t-il expliqué.

Mercredi soir, le président français François Hollande et Mme Merkel se retrouveront à Paris pour aplanir, espèrent les marchés, leurs divergences.

Le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, a de son côté proposé de renforcer l'intégration de la zone euro via un contrôle accru des budgets nationaux par Bruxelles et la mise en place d'une union bancaire. M. Van Rompuy a remis ces propositions lundi soir à ses partenaires européens qui en discuteront jeudi et vendredi lors du sommet européen.

Ce rapport n'est pas convaincant, a toutefois déploré dès mardi le ministre allemand adjoint aux Affaires étrangères, jugeant que le document insistait trop sur une éventuelle mutualisation de la dette. "Il n'y a pas de message rassurant en provenance de l'Europe. A quelques jours du sommet européen, les différends entre dirigeants européens font craindre un dangereux immobilisme", jugent ainsi les analystes du Crédit Mutuel-CIC.

Comme souvent à la veille de ces réunions décisives, les Européens peinent en effet à convaincre.

Les bourses européennes ont certes ouvert timidement en hausse mardi, mais pour mieux replonger dans le rouge en milieu de matinée, avant de clôturer en légère baisse ou à l'équilibre. Wall Street a toutefois terminé en légère hausse. La Bourse de Madrid a chuté de son côté de 1,44% après une baisse de 3% la veille.

Car l'Espagne reste au centre des préoccupations. La demande d'aide officielle transmise à la zone euro par le pays pour ses banques n'a pas empêché l'agence d'évaluation financière Moody's d'abaisser la note de 28 des établissements du pays.

Dans ce contexte très tendu, l'Etat espagnol a emprunté mardi 3,077 milliards d'euros à trois et six mois, légèrement au-dessus de la fourchette visée, mais à des taux d'intérêt doublés, voire triplés. Idem en Italie où l'Etat a emprunté 3,9 milliards d'euros à des taux également en forte hausse.

Outre la demande d'aide de la part de l'Espagne, les Européens ont reçu lundi celle émanant de Chypre, dont le secteur bancaire hypertrophié subit par ricochet la crise grecque. Chypre est le 5e pays de l'UE à effectuer cette démarche auprès des autorités européennes. Les ministres des Finances de la zone euro, qui forment l'Eurogroupe, ont prévu de s'entretenir de ces demandes lors d'une conférence téléphonique mercredi.

© 2012 AFP