Un présumé criminel nazi arrêté en Hongrie

Bea Kallos / The Associated Press

BUDAPEST, Hongrie - Sipa — Un Hongrois de 97 ans soupçonné d'avoir participé à la déportation de juifs pendant la Seconde Guerre mondiale a été arrêté mercredi à Budapest, où il a été inculpé de crime de guerre, ont annoncé les autorités judiciaires. Laszlo Csatary, l'un des criminels de guerre présumés les plus recherchés au monde, a vécu pendant plusieurs décennies au Canada, notamment à Montréal.

Laszlo Csatary a été accusé de torture d'êtres humains, un crime de guerre passible de la prison à vie. Selon son avocat, Me Gabor Horvath, il a été assigné à résidence pour une durée maximale de 30 jours. L'avocat a fait appel de cette décision, qui ouvre la voie à la confiscation de son passeport.

Le procureur de Budapest par intérim, Tibor Ibolya, a précisé que Laszlo Csatary avait raconté aux autorités ses activités pendant la guerre, expliquant qu'il n'avait fait que suivre les ordres et remplir son devoir.

«Le suspect a nié avoir commis ces crimes», a dit le procureur, en ajoutant que lors de l'interrogatoire, il avait fait preuve «d'une attitude envers ses congénères d'une certaine religion (...) qui n'est pas ce que l'on pourrait considérer comme normale».

Laszlo Csatary a été interpellé à l'aube, les autorités craignant qu'il ne cherche à s'enfuir. Ces derniers mois, il a vécu dans au moins deux appartements différents de Budapest. Il a été interpellé à une adresse à laquelle il n'était pas lié jusque-là, selon le procureur, qui a précisé que le suspect avait coopéré avec les enquêteurs.

D'après Me Gabor Horvath, Laszlo Csatary avait déménagé parce qu'il était fatigué d'être harcelé. Lundi, une quarantaine de personnes avaient manifesté devant l'un de ses domiciles présumés, mais il n'avait été aperçu nulle part.

Le Centre Simon Wiesenthal, qui se consacre à la mémoire de l'Holocauste et à la traque des nazis, avait annoncé dimanche dernier avoir fourni à la justice hongroise de nouveaux éléments sur la présence de Laszlo Csatary à Budapest. Selon le Centre, il a contribué à la déportation de 15 700 juifs vers le camp d'extermination d'Auschwitz et de 300 autres en 1941 en Ukraine, où ils ont été tués.

D'après un résumé du dossier communiqué par le ministère de la Justice, pendant la guerre, le suspect était policier dans la ville slovaque de Kosice, qui appartenait à l'époque à la Hongrie. En mai 1944, il a été nommé chef d'un camp d'internement installé dans une briqueterie de Kosice d'où 12 000 juifs ont été déportés vers Auschwitz et d'autres camps d'extermination nazis.

D'après les autorités, Laszlo Csatary était présent lorsque les trains partaient vers les camps d'extermination. Selon le communiqué du ministère de la Justice, il est soupçonné d'avoir utilisé «régulièrement» une petite cravache contre les prisonniers juifs, «sans raison spéciale et sans considération pour leur sexe, leur âge ou leur état de santé». Toujours selon le communiqué, alors qu'un train partait avec quelque 80 personnes entassées dans un wagon, il aurait refusé d'accéder à la demande d'un prisonnier qui réclamait que des trous soient percés pour laisser entrer un peu d'air dans la voiture.

D'après le procureur, le suspect paraît en bonne forme physique et mentale malgré son âge, même s'il doit encore être examiné par des spécialistes.

En 1948, Laszlo Csatary a été condamné à mort par contumace pour crimes de guerre en Tchécoslovaquie. L'année suivante, il est arrivé en Nouvelle-Écosse, au Canada. Il a obtenu la citoyenneté canadienne en 1955 et a travaillé comme marchand d'art à Montréal. En octobre 1997, il a quitté le Canada peu avant une audience sur son expulsion. Il a été déchu de sa nationalité canadienne.

Le procureur de Budapest a fait savoir que les autorités judiciaires attendaient encore des informations en provenance d'Israël, dont de possibles témoignages de rescapés de l'Holocauste, et du Canada.