- Un « archipel de la torture » en Syrie, selon Human Rights Watch

Des dizaines de milliers de détenus en Syrie sont soumis à des décharges électriques et à d'autres mauvais traitements dans 27 centres de détention dirigés par quatre des principales agences de renseignement, selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch, publié mardi.

Vidéo de Human Rights Watch (les sous-titres sont en anglais)

Ce document de 78 pages, qui se base sur 200 entretiens avec d'anciens détenus, des militaires et des agents de la sécurité d'État ayant fait défection, fait l'inventaire des méthodes de torture du régime syrien.

En plus de ces centres, des bases militaires, des hôpitaux, des écoles ou des stades sont également utilisés pour torturer les opposants au régime.

Selon Nadim Houry, un responsable de l'ONG, la torture en Syrie est « le produit d'une politique nationale ».

Les témoins interrogés par Human Rights Watch font état de personnes « longuement battues, souvent à l'aide d'objets comme des matraques et des fils de fer ». Les témoins précisent que la torture est pratiquée par le régime depuis le début de la contestation, en mars 2011.

Des prisonniers sont maintenus « dans des positions de stress douloureuses sur de longues périodes, souvent à l'aide d'équipements spécialement conçus à cet effet ». L'ONG dénonce « le recours à l'électricité », « les brûlures à l'acide des batteries de voiture », « les agressions et humiliations sexuelles », « l'arrachage des ongles » et « les simulacres d'exécution ».

Cruauté

Un ex-détenu de 31 ans a raconté avoir eu les doigts écrasés par des pinces, tandis que des agrafes lui étaient plantées dans les doigts, les oreilles et sur le torse.

« Je n'avais le droit de les retirer que si je parlais. Ce qui m'a fait le plus mal, c'était les clous dans les oreilles. Ils ont eu recours à deux fils de fer reliés à une batterie de voiture pour m'infliger des décharges électriques. Ils ont par deux fois utilisé des armes électriques de défense sur mes parties génitales », a-t-il dit.

Le témoin affirme avoir été torturé trois fois en trois jours.

Des pendaisons au plafond par les mains à l'enfermement de personnes vivantes dans un cercueil, en passant par les menaces de mort sont les méthodes pratiquées par un ancien officier.

« Je les ai également vus recourir à des mouvements d'arts martiaux, comme celui consistant à casser des côtes d'un coup de genou. Ils vous mettent des aiguilles sous les pieds et vous frappent pour que vous marchiez avec. »

L'ONG, basée à New York, a demandé au Conseil de sécurité de l'ONU de saisir la Cour pénale internationale et d'adopter des sanctions ciblées à l'encontre des responsables syriens impliqués dans ces actes.

Il est impossible d'obtenir un bilan de source indépendante depuis que l'ONU a cessé, fin 2011, de comptabiliser les victimes de ce conflit.

Hausse de l'afflux des armes

La haute-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies, Navi Pillay, a déclaré que le régime de Bachar Al-Assad et les insurgés recevaient toujours plus d'armes, ce qui alimente les violences en Syrie.

« Il faut éviter à tout prix toute militarisation supplémentaire du conflit », a-t-elle indiqué.

La Russie et l'Iran figurent parmi les principaux fournisseurs d'armes du gouvernement syrien. De leur côté, le Qatar et l'Arabie saoudite approvisionnent les rebelles, selon des diplomates onusiens.

Radio-Canada.ca avec AFP, Reuters et <i>Le Monde</i>