Trois hauts responsables syriens tués à Damas

Bashar Assad, Dawoud Rajha. Anonymous / The Associated Press

BEYROUTH - Une bombe a explosé mercredi lors d'une réunion de haut niveau dans le bâtiment de la Sécurité nationale à Damas, tuant trois hauts responsables du régime, dont le beau-frère du président Bachar el-Assad.

Selon la télévision publique syrienne, l'explosion s'est produite lors d'une réunion des ministres du cabinet et des responsables de la sécurité dans la capitale, où les combats entre troupes gouvernementales et rebelles font rage depuis quatre jours.

Cet attentat pourrait marquer le point tournant du conflit en Syrie, après 16 mois de soulèvement populaire qui s'est peu à peu transformé en affrontement armé.

On ne sait pas si le président Bachar el-Assad était présent lors de la réunion. Il n'a fait aucune déclaration sur les attaques pour l'instant.

L'attentat a été revendiqué par les soldats rebelles de l'Armée syrienne libre. Leur chef, le colonel Riad el-Assaad, a déclaré que des insurgés avaient déposé une bombe dans une pièce du bâtiment gouvernemental et l'avaient fait exploser. Il a démenti qu'il s'agissait d'un attentat-suicide, assurant que les assaillants étaient tous sains et saufs.

La télévision publique avait initialement annoncé qu'il s'agissait d'un attentat-suicide, mais a ensuite parlé d'un attentat à la bombe.

«Si Dieu le veut, c'est le début de la fin du régime», a déclaré le colonel El-Assaad lors d'une entrevue téléphonique avec l'Associated Press. «Avec un peu de chance, Bachar sera le prochain.»

La télévision syrienne a confirmé la mort du ministre de la Défense Daoud Rajha, du vice-ministre de la Défense Assef Shawkat, mari de la soeur aînée de Bachar el-Assad, Bouchra, ainsi que d'Hassan Turkmani, un ancien ministre de la Défense qui a succombé à ses blessures subies durant l'attaque.

Le ministre de l'Intérieur, Mohammed Chaar, a été blessé, mais il est dans un état stable, d'après la télévision syrienne. Le major-général Hicham Ikhtiar, qui dirige le département de la Sécurité nationale, a aussi été blessé, mais on ne craint pas pour sa vie.

Le président Bachar el-Assad n'a fait aucune déclaration, mais selon la télévision syrienne, il a adopté un décret dans les heures ayant suivi l'attentat afin de nommer le général Fahd Jassem al-Freij à la Défense. Le général Al-Freij était auparavant chef d'état-major.

Un membre du Conseil national syrien (opposition), Omar Shawaf, a estimé que ces assassinats envoyaient le message qu'aucun responsable du régime n'est à l'abri, incluant le président El-Assad.

«Les mains du peuple syrien et de l'Armée syrienne libre peuvent atteindre tout le monde à Damas», a dit M. Shawaf, joint par téléphone en Turquie.

D'après des témoins, les soldats de la garde républicaine ont encerclé l'hôpital d'El-Chami où certains responsables ont été transportés pour être soignés.

Selon l'agence de presse syrienne SANA, l'attentat à la bombe a visé l'édifice de la Sécurité nationale, situé à moins de 500 mètres de l'ambassade des États-Unis. L'ambassade est fermée depuis que Washington a rappelé son ambassadeur, il y a plusieurs mois.

La police a bouclé la zone et empêche les journalistes d'accéder aux lieux.

Plus tôt dans la journée, l'agence SANA avait annoncé que les soldats gouvernementaux traquaient des rebelles dans le quartier Midan, causant «de lourdes pertes» dans les rangs des insurgés. En plus de Midan, des militants ont rapporté de violents affrontements dans les quartiers Qadam, Nahr Aisha, Kfarsouseh, Tadamon et Hajar al-Aswad. Selon eux, l'armée a eu recours à des hélicoptères dans plusieurs quartiers.

Déterminé à montrer que le gouvernement contrôle toujours la capitale, le ministère de l'Intérieur a emmené des journalistes dans une tournée des quartiers tranquilles. Mais même là, il y a avait peu de circulation dans les rues et presque tous les magasins étaient fermés.

Un militant de l'opposition à Damas, Omar al-Dimashki, a déclaré qu'un grand nombre de soldats et d'agents en civil avaient été déployés dans les rues de la ville après l'attentat à la bombe, survenu dans la matinée. Des tireurs d'élite ont pris position sur les édifices, a-t-il indiqué.

«Les gens se dépêchent pour rentrer chez eux», a déclaré le militant. Plus de 80 pour des magasins de la capitale sont fermés, selon lui.

«La ville est tellement vide, ça me rappelle quand Hafez Assad est mort en 2000», a déclaré un autre militant de Damas, qui a réclamé l'anonymat par crainte de représailles. «Tout le monde a très peur de ce qui va se passer dans les prochains jours, en particulier ce soir, avec la possibilité que le régime prenne sa revanche.»