Capture d'écran d'une vidéo de l'AFPTV montrant de la fumée dans un quartier d'Alep, le 3 août 2012

L'armée syrienne, qui a achevé son déploiement autour d'Alep, bombardait et livrait bataille aux rebelles dans la ville avant de lancer l'offensive décisive pour le contrôle de cette métropole du nord de la Syrie, enjeu crucial du conflit.

L'aviation a bombardé les quartiers de Char et Sakhour (est), tandis que celui de Salaheddine (ouest), bastion rebelle assiégé par l'armée, était la cible de tirs d'artillerie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Des combats se déroulaient dans d'autres quartiers de cette ville, poumon économique de la Syrie situé à 355 km au nord de Damas, a précisé cette ONG qui tire ses informations d'un réseau de militants et de témoins.

L'armée a achevé dimanche l'envoi d'importants renforts à Alep, théâtre d'affrontements depuis le 20 juillet, et est désormais prête pour la bataille "décisive", a annoncé à l'AFP une source de sécurité.

"Tous les renforts sont arrivés et encerclent la ville. L'armée est prête désormais à lancer l'assaut décisif mais attend les ordres", a affirmé cette source. "Cependant la guerre risque de durer car il va y avoir des batailles de rues pour déloger les terroristes".

Selon un responsable de la sécurité, au moins 20.000 militaires ont été déployés sur le front d'Alep, où les rebelles comptent pour leur part entre 6.000 et 8.000 hommes, d'après le journal al-Watan, proche du pouvoir.

"La mission actuelle (de l'armée) consiste (...) à resserrer l'étau et à renforcer le contrôle des entrées de la ville afin d'empêcher (les rebelles) de fuir", selon ce quotidien qui affirme qui des "centaines de terroristes ont été tués" à Alep.

Les rebelles disent tenir la moitié de la ville et affirment que, malgré les bombardements, par l'artillerie et l'aviation, les soldats ne parviennent pas à avancer au sol.

Situation figée

Selon des journalistes de l'AFP sur place, la situation semblait figée. L'Armée syrienne libre (ASL, formée de déserteurs et de civils armés) et les troupes régulières s'affrontent certes violemment à Salaheddine, mais chacun attend encore la grande offensive.

Dans un communiqué, le Conseil national syrien (CNS), plus importante coalition de l'opposition, a accusé l'armée de bombarder le patrimoine architectural d'Alep.

Sur l'autre grand front du conflit, celui de Damas, l'armée a affirmé samedi contrôler totalement la capitale après avoir repris le quartier de Tadamoun.

Trois officiers des services de renseignement politique dans la capitale ont fait défection pour trouver refuge en Jordanie, a assuré à l'AFP Kassem Saad Eddine, porte-parole de l'ASL en Syrie. Le premier cosmonaute syrien, le général Mohammad Ahmad Fares, 61 ans, s'est, lui, réfugié en Turquie, selon l'agence Anatoli.

Alors que la Turquie joue un rôle majeur dans l'aide aux rebelles, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'y rendra samedi prochain pour discuter du conflit en Syrie, selon le département d'Etat.

Les violences ont fait dimanche au moins 47 morts, dont 31 civils, selon l'OSDH qui rapporte plus de 21.000 morts depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad en mars 2011.

Iraniens enlevés

Selon Marwane Abdel Aal, de la section libanaise du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP, gauche), les combats à Damas dans ou autour du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk a provoqué l'exode au Liban de 600 familles palestiniennes pendant le week-end.

Dans la région de Damas, haut lieu du chiisme, 48 pèlerins iraniens qui se rendaient en bus à l'aéroport ont été par ailleurs enlevés samedi. L'Iran a demandé à la Turquie et au Qatar, qui soutiennent les rebelles, d'intervenir pour les faire libérer.

Les rebelles ont affirmé que parmi ces otages figuraient des membres des Gardiens de la révolution, armée prétorienne du régime iranien, selon une vidéo de la télévision satellitaire Al-Arabiya.

Mais un responsable de l'opposition syrienne a accusé le groupe extrémiste sunnite iranien Jundallah, qui selon lui a "un discours religieux basé sur la haine des chiites et des alaouites", d'être derrière ce rapt et le meurtre de 15 partisans du régime à Yalda dans le sud de Damas.

Après que l'ONU a récemment voté une résolution déplorant l'impuissance de la diplomatie pour arrêter ce conflit, le ministre allemand de la Défense, Thomas de Maizière, a une nouvelle fois exclu une intervention militaire en Syrie, dans un entretien au journal "Welt am Sonntag".

© 2012 AFP