La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton , au côté des ministre des Affaires étrangères allemandGuido Westerwelle(g) et français Laurent Fabius (c) le 6 juillet 2012 à Paris

Les pays arabes et occidentaux réunis à Paris ont demandé vendredi au Conseil de sécurité de l'ONU d'adopter une résolution contraignante comportant une menace de sanctionscontre Damas, au moment où le monde apprenait la défection d'un très haut gradé proche de Bachar al-Assad.

Alors que s'ouvrait la conférence des Amis du peuple syrien, la défection il y a trois jours du général Mounaf Tlass, ami d'enfance du président syrien, était annoncée à Damas par une source proche du pouvoir. Il s'agit de l'officier supérieur le plus prestigieux à faire défection depuis le début en mars 2011 de la révolte contre Bachar al-Assad, ce qui porte un "coup énorme" au régime, selon le Conseil national syrien (CNS).

"Nous allons chercher à coopérer avec lui. Cela montre que le coeur même du régime commence à s'effriter", a déclaré lors d'une conférence de presse à Paris le président du CNS (qui rassemble la majeure partie des opposants) Abdel Basset Sayda.

"Cette défection indique que la haute hiérarchie militaire et les gens de l'intérieur vont voter avec leurs pieds", a commenté l'Américaine Hillary Clinton.

A Paris, la centaine de pays occidentaux et arabes et organisations, réunis pour la troisième fois au sein du groupe des Amis du peuple syrien, ont en tête de leurs conclusions "tenu à souligner que Bachar al-Assad devait abandonner le pouvoir".

Dans ce cadre, ils demandent au Conseil de sécurité de "jouer son rôle (...) en adoptant d'urgence" une résolution "sous chapitre VII", c'est à dire contraignante, pour faire appliquer les accords internationaux sur une transition politique à Damas.

Le chapitre VII de la charte de l'ONU ouvre la voie à des sanctions ou même au recours à la force en cas de non respect de la résolution.

Les Amis de la Syrie se sont limités pour l'instant à la menace de sanctions au niveau de l'ONU. Mais le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle a expliqué que des mesures militaires seraient discutées "peut-être dans d'autres réunions, si la mise en oeuvre des sanctions n'aboutit pas aux progrès qu'elles auraient dû avoir".

Russie et Chine "bloquent" les progrès

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont entendus samedi dernier à Genève sur la formation d'un gouvernement de transition en Syrie et sur la nécessité d'appliquer le plan de l'émissaire international Kofi Annan qui prévoit notamment une trêve jamais entrée en vigueur.

Mais les Occidentaux d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre, divergent sur l'interprétation à donner à cet accord: Moscou et Pékin maintiennent qu'il revient aux Syriens de déterminer leur avenir alors que pour les Occidentaux ce document implique le départ de Bachar al-Assad.

Puisque les Russes et les Chinois acceptent le plan Annan et l'accord de Genève qui en découle, ils doivent accepter que la Syrie puisse être sanctionnée si elle ne s'y conforme pas, estiment ainsi les Occidentaux.

"Il est tout à fait nécessaire de saisir à nouveau le Conseil de sécurité et d'exiger une mise place du plan de Genève auquel Russie et Chine ont souscrit", a argué Hillary Clinton.

Dotées d'un droit de veto au Conseil de sécurité, la Chine et la Russie ont bloqué jusqu'à présent toute action internationale résolue contre le pouvoir de Bachar al-Assad. Les mesures de rétorsion prises contre Damas ne l'ont été que par l'Union européenne, les Etats-Unis ou la Ligue arabe.

Paris et Washington s'en sont pris vendredi à Moscou et Pékin accusés par Hillary Clinton de "bloquer les progrès" sur le dossier syrien.

Menace sur la "sécurité internationale"

"Je veux m'adresser à ceux qui ne sont pas là. Au moment où nous en sommes de la crise syrienne, il n'est plus contestable que cette crise est devenue une menace pour la paix et la sécurité internationale", a averti le président français François Hollande, cherchant à réfuter l'argument russe de la non-ingérence dans les affaires d'un pays.

La Russie a balayé ces critiques. "Nous rejetons catégoriquement la formulation selon laquelle la Russie soutient le régime de Bachar al-Assad", a dit le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov.

Les Amis du peuple syrien ont par ailleurs annoncé leur décision "d'accroître massivement l'aide à l'opposition" syrienne notamment avec "des moyens de communication".

"Nous ne voulons pas militariser davantage ce conflit", a cependant indiqué la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, interrogée sur d'éventuelles livraisons d'armes aux rebelles.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a pour sa part recommandé vendredi que la Mission d'observateurs en Syrie (Misnus) soit "réorientée" vers un rôle plus politique, avec une "composante militaire réduite".

Alors que les efforts diplomatiques n'ont jusqu'ici pas payé, de plus en plus d'analystes estiment que c'est la situation sur le terrain qui changera la donne. "Le régime est en train de tomber, de perdre le contrôle du territoire", a affirmé le chef du CNS, Abdel Basset Sayda.

Des responsables européens considèrent aussi que le rapport de force entre les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) et le pouvoir a évolué depuis quelques semaines sur le terrain.

En près de 16 mois de conflit le bilan de la répression et des combats s'élève à plus de 16.500 morts essentiellement des civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Au moins 53 personnes, en majorité des civils, ont été tués vendredi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

© 2012 AFP