Syrie: des opposants rapportent un autre massacre

Anonymous / The Associated Press

BEYROUTH - Des militants de l'opposition syrienne ont affirmé jeudi soir qu'un nouveau massacre avait été perpétré dans la province de Homs, dans le centre du pays, où les forces gouvernementales auraient tué plus de 100 personnes dans des tirs d'artillerie et d'autres attaques.

Le massacre a été rapporté par deux organisations de l'opposition syrienne, les Comités locaux de coordination et l'Observatoire syrien des droits de l'homme.

Les deux organisations n'avaient pas beaucoup de détails à donner dans l'immédiat. L'Observatoire a indiqué avoir été informé par ses sources sur le terrain de la mort de jusqu'à 100 personnes, mais l'organisation a seulement confirmé les noms de 30 victimes pour l'instant.

Les bilans des victimes de la répression en Syrie sont presque impossibles à vérifier de façon indépendante, puisque le gouvernement syrien empêche les journalistes de faire leur travail.

Sur le terrain diplomatique, la Russie a déclaré jeudi qu'elle s'opposerait à toute résolution des Nations unies sur la Syrie qui impliquerait un éventuel recours à la force armée, ouvrant la voie à une nouvelle confrontation avec les pays occidentaux sur la façon de mettre fin au conflit.

La Russie et le Royaume-Uni font circuler des proposition rivales au Conseil de sécurité de l'ONU portant sur l'avenir de la mission d'observation de 300 membres déployée en Syrie, dont le mandat expire le 20 juillet, et sur l'échec du plan de paix en six points de l'émissaire Kofi Annan.

Les Nations unies ont déployé des observateurs non armés en Syrie pour une période de 90 jours afin de superviser l'application du cessez-le-feu et du plan de M. Annan, mais l'équipe a été forcée de se retirer des zones de conflit à cause de l'intensification des violences.

La proposition britannique, appuyée par les pays occidentaux, menace d'imposer des sanctions non militaires au gouvernement du président Bachar el-Assad si celui-ci ne retire pas ses troupes et ses armes lourdes des zones résidentielles d'ici 10 jours, un élément central du plan de Kofi Annan.

Mais cette résolution s'inscrirait dans le cadre du chapitre 7 de la Charte des Nations unies, qui couvre les actions que l'ONU peut entreprendre «en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression», et qui comprennent notamment l'emploi de la force armée.

L'ambassadeur adjoint de Russie aux Nations unies, Alexander Pankine, a déclaré aux journalistes jeudi que son pays s'opposait à l'usage de la force militaire en Syrie.

«Nous sommes totalement opposés au chapitre 7», a dit M. Pankine. «Tout peut être négocié, mais nous ne négocierons pas sur ce point. C'est une ligne rouge.»

La Russie et la Chine, des alliées du régime syrien qui disposent d'un droit de veto au Conseil de sécurité, ont bloqué plusieurs tentatives des États-Unis et des pays européens visant à menacer le régime de «conséquences» — un terme diplomatique qui réfère aux sanctions.

La proposition de résolution russe appelle à une «mise en application immédiate» du plan de Kofi Annan et établit les lignes directrices d'une transition politique, telles qu'élaborées le mois dernier lors de la conférence internationale de Genève. Le document ne mentionne pas de sanctions, mais affirme que le Conseil surveillera l'application du plan et «envisagera des mesures supplémentaires si nécessaire».

Le plus important diplomate syrien à être passé du côté de l'opposition a par ailleurs rejeté, jeudi, le plan international pour mettre fin aux violences en Syrie, estimant que la seule solution acceptable serait le départ de Bachar el-Assad.

Nawaf Fares, ancien ambassadeur de Syrie en Irak, a déclaré que seul l'emploi de la force arriverait à déloger le dirigeant syrien.

«Il n'y aura jamais de feuille de route pour la paix avec Bachar el-Assad, parce qu'il délaie et ignore tous les plans et toutes les déclarations adoptées au niveau international», a dit M. Fares dans une entrevue avec Al-Jazira. «Il n'y a aucun moyen de le déloger du pouvoir sans la force, et le peuple syrien le sait très bien.»

Nawaf Fares est le deuxième haut responsable du régime à rejoindre l'opposition cette semaine. Le général Manaf Tlass, un confident de Bachar el-Assad et fils d'un ancien ministre de la Défense syrien, a quitté la Syrie la semaine dernière.