De la fumée s'élève au-dessus d'un bâtiment d'Alep. Image tirée d'une vidéo postée le 8 août 2012 sur YouTube.

L'armée syrienne et les rebelles se livraient mercredi une bataille acharnée pour le contrôle d'Alep, deuxième ville du pays et enjeu crucial pour la suite de la rébellion qui secoue la Syrie depuis seize mois.

Appuyées par des chars et des blindés, les forces loyales au président Bachar al-Assad ont lancé avant le lever du jour une offensive terrestre d'envergure et pénétré le principal quartier dissident d'Alep, Salaheddine.

Cette offensive intervient au lendemain de la promesse du président Bachar al-Assad de "purger" le pays des "terroristes", terme utilisé par son régime pour désigner les rebelles, et à la veille d'une réunion sur la Syrie à Téhéran.

En milieu de journée, l'armée a affirmé avoir pris le contrôle de ce quartier emblématique, ce que les insurgés ont immédiatement démenti.

"Nos forces armées ont pris le contrôle total de Salaheddine, infligeant aux groupes terroristes des pertes sévères", a déclaré une source officielle citée par l'agence Sana.

Selon cette source, "des dizaines de terroristes ont été arrêtés, d'autres se sont rendus en déposant leurs armes" et "de grandes quantités d'armes (...) ont été saisies".

Le colonel dissident Abdel Jabar Oqeïdi a confirmé l'attaque, tout en estimant "faux de dire que l'armée du régime a pris le contrôle total du quartier".

Les combats "se concentrent surtout à Salaheddine car ce quartier revêt une grande valeur symbolique pour nous et l'armée du régime", a ajouté le chef du Conseil militaire pour la région d'Alep.

En milieu d'après-midi, les rebelles syriens ont affirmé avoir repris une partie du terrain perdu quelques heures plus tôt après avoir reçu le renfort de 700 combattants venus des quartiers de Soukkari (sud), Bustane al-Qasr (centre), Chaar et Hanano (est).

Contre-offensive

"Nous avons lancé une contre-offensive et repris trois des cinq rues perdues", a affirmé Wassel Ayoub, commandant de la brigade Nour al-Haq de l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles).

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), a indiqué que l'armée avait détruit deux écoles servant de base aux rebelles.

"Il s'agit des combats les plus féroces autour du quartier" depuis le début des affrontements à Alep le 20 juillet, selon l'OSDH.

L'armée a acheminé 20.000 hommes pour mener cette bataille cruciale pour le régime, confronté mi-mars 2011 à une révolte qui s'est militarisée au fil du temps face à la répression brutale. Près de 17 mois de conflit ont fait 21.000 morts selon l'OSDH.

Amnesty International a dénoncé la violence des bombardements des derniers jours en s'appuyant sur des images satellitaires, qui montrent plus de 600 cratères formés par l'impact d'obus à Alep et dans la petite ville voisine d'Anadane.

Ailleurs dans le pays, l'armée continue de bombarder la province de Homs (centre), la ville de Deir Ezzor (est), et des villages kurdes dans la province de Lattaquié (nord-ouest), selon l'OSDH qui décompte au moins 162 personnes tuées mercredi (94 civils, 27 rebelles et 41 soldats).

Selon cette ONG basée en Grande-Bretagne, qui travaille avec un réseau de militants et de témoins à travers la Syrie, 225 personnes avaient été tuées mardi sur l'ensemble du territoire.

Réunion jeudi à Téhéran

"Le peuple syrien et son gouvernement sont déterminés à purger le pays des terroristes", a promis mardi Bachar al-Assad en recevant un émissaire de son allié iranien.

L'émissaire, Saïd Jalili, lui a répondu que "l'Iran ne permettra jamais la destruction de l'axe de la résistance dont la Syrie est un pilier essentiel".

L'Iran organise jeudi une rencontre avec une douzaine de pays ayant "une position réaliste" sur la crise, selon Téhéran. Damas n'a pas indiqué s'il comptait y envoyer des représentants.

Le Liban a déjà fait savoir qu'il n'y participerait pas en respect de sa "neutralité" dans le conflit. Pas plus que Kofi Annan, le médiateur démissionnaire de l'ONU et la Ligue arabe.

Concernant ses 48 ressortissants enlevés samedi par l'Armée syrienne libre (ASL) dans la région de Damas, Téhéran a demandé la "coopération" du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon pour obtenir leur libération.

Alors que les ravisseurs accusent ces Iraniens d'être des Gardiens de la révolution, corps d'élite du régime islamique, Téhéran, qui assure de son côté qu'ils sont des pèlerins, a néanmoins précisé qu'un certain nombre d'entre eux étaient des "retraités des Gardiens de la révolution et de l'armée".

© 2012 AFP