Russie - Madonna à la défense du groupe russe Pussy Riot

Après d'importantes figures du rock britannique, c'est au tour de Madonna de se porter à la défense des trois chanteuses du groupe russe Pussy Riot, détenues pour avoir chanté une « prière » contre le président Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur.

Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 29 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, sont accusées d'avoir « infligé de profondes blessures morales à des chrétiens orthodoxes » et encourent jusqu'à sept ans de prison pour « hooliganisme ».

« Je suis contre la censure et tout au long de ma carrière, j'ai toujours défendu la liberté d'expression. Je suis évidemment convaincue que ce qui leur arrive est injuste », a déclaré Madonna, de passage dans la capitale russe pour un concert.

« J'espère qu'elles n'auront pas à purger sept années en prison. Ce serait une tragédie. Je crois que l'art doit être politique. Historiquement, l'art a toujours reflété ce qui se passe dans la société », a poursuivi la star américaine, précisant tout de même ne pas être trop au courant de la controverse.

Madonna joint ainsi sa voix à d'autres artistes comme Sting, les Red Hot Chili Peppers ou le guitariste des Who, qui ont également appelé à la clémence de la justice russe dans ce dossier.

En réaction aux propos de la chanteuse américaine, des associations orthodoxes ont demandé mardi l'interdiction des spectacles de Madonna prévus cette semaine en Russie.

Prendre position en faveur des Pussy Riot « signifie se mêler des affaires intérieures de notre pays et faire pression sur le tribunal », a indiqué à l'agence Interfax l'Union des porteurs d'étendards orthodoxes, un groupe monarchiste.

« C'est notre devoir de demander l'interdiction de ces concerts: cette chanteuse se moque ouvertement de nos lois, de nos traditions, de notre culture », a ajouté un porte-parole de l'Union des fraternités orthodoxes, Iouri Agechtchev.

Reprise d'un procès qualifié de « surréaliste »

Entre-temps, le procès des trois chanteuses a repris lundi au tribunal Khamovnitcheski de Moscou, avec une audience qualifiée de « surréaliste » par une députée britannique qui assistait au débat entre les avocats de la défense et de la poursuite.

La juge accuse « l'avocat de la défense de trop parler [...], la juge continue de l'interrompre », a écrit sur son compte Twitter la députée britannique Kerry McCarthy, du Parti travailliste.

« C'est un peu surréaliste la manière dont la juge interrompt les discussions à certains moments. Je ne crois pas que cela pourrait arriver en Grande-Bretagne », a ajouté la députée.

De nombreuses personnalités russes et étrangères ont pris la défense des jeunes chanteuses, estimant que les poursuites et leur maintien en détention étaient disproportionnés avec les faits. Même le président Poutine, qui estime qu'il n'y avait « rien de bon » dans ce que les jeunes femmes avaient fait, a déclaré qu'elles ne devraient pas être jugées « trop sévèrement ».

Les faits qui leur sont reprochés remontent au mois de février lorsque, vêtues de minijupes, elles avaient pénétré dans une zone de la cathédrale de Russie interdite aux laïcs, où elles ont chanté « Mère Marie, chasse Poutine ».

Leurs avocats accusent les autorités russes de les maltraiter. Ils rapportaient d'ailleurs la semaine dernière que les trois jeunes femmes, dont le procès a débuté le 30 juillet, ont été privées de sommeil et de nourriture.

Les partis d'opposition se sont également mêlés de l'affaire, estimant que le procès est l'une des manoeuvres orchestrées par le président russe pour faire taire la contestation antigouvernementale. Le procès est également suivi de près par les Occidentaux, car il est considéré comme emblématique de la façon dont la Russie traite ses opposants.

Les accusées ont déjà affirmé qu'elles n'avaient voulu offenser personne et qu'elles étaient motivées par la colère que leur inspirait le soutien du patriarche Cyrille à Vladimir Poutine lors de la campagne présidentielle. Se disant victimes de « censure politique », elles ont entamé début juillet une grève de la faim.

Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters