- Résolution sur la Syrie : report du vote à l'ONU

Alors que la Syrie est ébranlée par une attaque ayant causé la mort de trois hauts responsables de la sécurité, le Conseil de sécurité de l'ONU reporte à jeudi son vote sur un projet de résolution menaçant de sanction le régime syrien.

C'est ce qu'a appris aux journalistes l'ambassadeur russe auprès de l'ONU, Vitali Tchourkine. L'ambassadeur chinois Li Baodong a quant à lui précisé que les discussions allaient continuer mercredi après-midi dans le but de parvenir à « un consensus ».

Le vote devait avoir lieu mercredi après-midi au siège des Nations unies, à New York. Présenté par les Européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal) et les États-Unis, ce projet de résolution menace Damas de sanctions économiques, s'il ne renonce pas à utiliser ses armes lourdes contre l'opposition, et prolonge de 45 jours la mission des observateurs de l'ONU en Syrie.

Le projet de résolution est placé sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise l'emploi de moyens coercitifs allant des sanctions économiques et diplomatiques à une intervention militaire. Les Occidentaux assurent qu'il n'est pour l'heure que question de sanctions, et non d'opération militaire, mais la Russie refuse à ce stade toute menace contre le régime de Damas.

L'émissaire international Kofi Annan, à l'origine du plan de sortie de crise pour la Syrie, avait demandé le report du vote un peu plus tôt dans la journée. Selon un diplomate du Conseil de sécurité, M. Annan aurait le sentiment qu'un compromis est possible entre les Russes et les Occidentaux.

Nouveau veto russe et chinois?

Tout semble néanmoins indiquer que la Russie, alliée traditionnelle du régime syrien, s'opposera à l'adoption de la nouvelle résolution. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré mercredi que la Russie ne laisserait pas adopter au Conseil de sécurité une résolution qui signifierait le soutien de l'ONU à une « révolution » en Syrie. Il a du même coup qualifié les combats en cours en Syrie de « décisifs ».

« Des combats décisifs sont en cours en Syrie. Et l'adoption de la résolution [occidentale, NDLR] serait un soutien direct à un mouvement révolutionnaire. S'il est question d'une révolution, l'ONU n'a aucun rapport avec ça », a déclaré M. Lavrov aux journalistes en marge d'une rencontre au Kremlin entre le président russe, Vladimir Poutine, et le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan.

Pour mieux comprendre la position de la Russie, lisez notre article sur les liens économiques et militaires entre Damas et Moscou.

En Europe, la France a estimé que la lutte du président syrien Bachar Al-Assad pour conserver le pouvoir « est vaine » et a appelé les derniers soutiens du régime « à se dissocier de la répression ». L'Allemagne et la Grande-Bretagne ont souligné « l'urgence » pour l'ONU d'adopter une nouvelle résolution sur la Syrie.

De son côté, la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a « condamné » l'attentat qui a coûté la vie à trois responsables du régime syrien, appelant à une « action concertée » du conseil de sécurité de l'ONU et de la communauté internationale.

À Washington, les ministres américain et britannique de la Défense, Leon Panetta et Philip Hammond, ont mis en garde contre une situation qui devient « incontrôlable » en Syrie. M. Panetta a par ailleurs exprimé des inquiétudes sur le sort des armes chimiques dont dispose le pouvoir syrien.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Tommy Vietor, a estimé que la communauté internationale devait travailler urgemment à une transition politique. « Il y a un réel élan contre Assad, avec de plus en plus de défections, et une opposition plus forte et plus unie qui opère à travers le pays », a déclaré M. Vietor.

En outre, les États-Unis ont annoncé avoir placé 29 nouveaux dirigeants et cinq nouvelles sociétés sur leurs listes noires des personnes et entités faisant l'objet de sanctions américaines.

De son côté, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé mercredi au président chinois, Hu Jintao, l'appui de Pékin pour que les membres du Conseil de sécurité puissent s'unir afin de voter pour le projet de résolution.

« J'espère sincèrement que les membres du Conseil de sécurité seront unis et vont agir », a déclaré M. Ban à des journalistes après une rencontre à Pékin avec le numéro un chinois, à quelques heures du vote au siège des Nations unies à New York.

Depuis le début des violences en Syrie, en mars 2011, la Russie et la Chine ont bloqué deux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie. Lundi, la Russie et la Chine - membres permanents du Conseil - avaient déjà réitéré leur opposition à une résolution qui comprendrait des sanctions contre Damas.

Rencontre d'urgence au Qatar

D'autre part, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a annoncé que les ministres arabes des Affaires étrangères tiendront une réunion d'urgence dimanche, au Qatar, sur la Syrie.

Cette réunion, qui se tiendra après une rencontre prévue du comité de la Ligue chargé de la crise syrienne, « doit examiner les conséquences de la situation en Syrie », a dit M. Arabi dans un communiqué.

Parmi les autres réactions aux événements de mercredi, l'agence officielle Irna rapporte que le ministre iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi, a condamné l'attentat. Le ministère a aussi demandé « l'arrêt immédiat [...] des ingérences étrangères, des envois d'armes [en contrebande, NDLR] en Syrie et du soutien de certaines parties régionales et internationales aux actes terroristes », peut-on lire dans un communiqué.

L'Iran, principal allié du régime du président Bachar Al-Assad, prône le dialogue entre le pouvoir et l'opposition pour mettre fin au conflit.

Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters