- Proclamé vainqueur de la présidentielle égyptienne, Mohamed Morsi se veut rassurant

Mohamed Morsi, le candidat des Frères musulmans, a remporté l'élection présidentielle en Égypte, a annoncé la commission électorale, dimanche.

Le nouveau président s'est rapidement adressé à la population et au monde. Il a rendu hommage aux « martyrs » de la révolte qui a renversé Hosni Moubarak en février 2011, faisant allusion aux quelque 850 victimes de la répression.

Le président élu entame dès lundi la formation d'un gouvernement civil.

Il a assuré qu'il était « le président de tous les Égyptiens, sans exception ».

Il a aussi promis de respecter les traités internationaux signés par son pays.

Mohamed Morsi est le vainqueur du second tour des 16 et 17 juin, l'emportant sur Ahmad Chafic, l'ancien premier ministre de Hosni Moubarak issu de l'armée, qui a félicité son adversaire, dimanche. Les deux candidats avaient auparavant revendiqué la victoire.

M. Morsi a obtenu 51,73 % des votes, contre 48,27 % pour Ahmad Chafic. Le taux de participation au second tour a été de 51 %, a précisé la commission électorale. Quelque 26 millions d'Égyptiens ont voté.

L'annonce a été faite vers 16 h 30, heure locale, par le chef de la commission électorale, le juge Farouk Sultan, dans un discours télévisé.

Un président islamiste

Mohamed Morsi, un ingénieur de 60 ans, diplômé d'une université américaine, devient ainsi le premier dirigeant islamiste à la tête du pays le plus peuplé du monde arabe.

Mais sa marge de manoeuvre sera des plus limitées. À la suite de la dissolution sur décision de justice de la chambre des députés dominée par les islamistes, l'armée s'est en effet octroyée le pouvoir législatif et un droit de contrôle sur l'élaboration de la prochaine Constitution. Elle a toutefois promis de remettre le pouvoir au nouveau président avant le 30 juin.

La confrérie a vivement critiqué les dispositions constitutionnelles prises par l'armée et qui permettront aux militaires de rester un acteur central.

Montrant sa certitude de l'emporter, M. Morsi avait déjà rencontré d'autres groupes et établi un projet d'accord pour former un gouvernement de coalition nationale.

De nombreux Égyptiens et des millions de personnes dans la région considéraient une victoire potentielle de l'ex-général Chafic comme un coup mortel aux révolutions du Printemps arabe de 2011, malgré sa promesse de former un gouvernement non exclusivement composé d'islamistes.

Explosion de joie place Tahrir

À l'annonce des résultats, la foule rassemblée place Tahrir a exulté. Les cris de joie se mêlaient aux drapeaux égyptiens, flottant nombreux au-dessus des têtes.

Des milliers de personnes s'étaient rassemblées en mi-journée, au centre du Caire, pour l'annonce des résultats. On notait la présence de partisans des Frères musulmans et des salafistes ultraconservateurs, mais également des groupes de jeunes qui ont participé au mouvement de protestation qui a mené à la chute de Hosni Moubarak en 2011.

Quelque 2000 partisans d'Ahmad Chafic étaient également rassemblés à Nasr City, dans la banlieue nord du Caire.

Les militaires au pouvoir en Égypte étaient en alerte dimanche avant la proclamation du vainqueur du second tour de l'élection présidentielle.

Peu de soldats étaient visibles dans les rues, mais les responsables de la sécurité ont fait savoir qu'ils étaient prêts à répondre en cas de troubles.

Des véhicules blindés étaient stationnés dans la capitale au siège de la commission électorale et devant le bureau d'information du gouvernement où se tient la conférence de presse pour commenter ce résultat historique au Proche-Orient. Des hélicoptères survolaient également la capitale.

Les fonctionnaires travaillant autour de la place Tahrir ont été encouragés à rentrer chez eux.

Rappelons que la commission électorale avait demandé plus de temps pour examiner les multiples recours présentés par les deux camps. Cette décision a alimenté les accusations de fraudes et de manipulations envers les autorités militaires, au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak.

Des milliers de manifestants s'étaient réunis place Tahrir au cours des derniers jours pour réclamer la publication des résultats.

Des félicitations, des espoirs et des craintes

Le chef du Conseil suprême des forces armées , qui dirige l'Égypte depuis le départ de Hosni Moubarak, a félicité Mohamed Morsi et réitéré sa promesse de remettre avant le 30 juin le pouvoir au nouveau chef de l'État.

Le chef de l'Église copte orthodoxe d'Égypte a félicité Mohamed Morsi. De nombreux Coptes ont affirmé avoir voté pour le rival de M. Morsi, disant craindre pour leurs droits en cas d'arrivée d'un islamiste au pouvoir. Les Coptes représentent moins de 10 % de la population égyptienne.

Le mouvement islamiste palestinien Hamas , au pouvoir dans la bande de Gaza, a salué la victoire « historique » du candidat des Frères musulmans. « Le succès de Mohamed Morsi signifie l'affaiblissement de l'influence de l'Occident dans la région et un couronnement pour le Printemps arabe. »

Le bureau du premier ministre d' Israël , Benyamin Nétanyahou, a fait savoir : « Israël apprécie le processus démocratique en Égypte et respecte les résultats de l'élection présidentielle. Israël entend poursuivre sa coopération avec le gouvernement égyptien sur la base du traité de paix » signé en 1979 par les deux pays.

Les États-Unis ont félicité le nouveau président Mohamed Morsi. « Il est essentiel que le nouveau gouvernement continue à faire de l'Égypte un pilier de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la région. » La Maison-Blanche a également souligné qu'il était « important que le nouveau gouvernement soutienne les valeurs universelles et respecte les droits de tous les citoyens égyptiens, dont les femmes et les minorités religieuses comme les chrétiens coptes. »

L'Union européenne a qualifié la victoire de M. Morsi d'« historique pour le pays et pour la région ». Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, s'est déclarée disposée à « travailler avec le président Morsi » et l'a appelé à « tendre la main à tous les autres groupes politiques et sociaux ».

Le Royaume-Uni a évoqué un « moment historique » et s'est réjoui de l'engagement de Mohamed Morsi à former un gouvernement ouvert.

Le président de la France , François Hollande, a adressé ses félicitations à son nouvel homologue égyptien. « Il importe aujourd'hui que la transition, commencée en février 2011, se poursuive afin, conformément aux engagements pris, que s'établissent en Égypte un système politique démocratique et pluraliste et un État de droit garantissant les libertés civiles et politiques de tous les citoyens comme des minorités. »

L' Iran félicite le peuple égyptien pour sa victoire dans cette élection. L'Iran « confiant, souhaite le progrès et un succès de plus en plus important au peuple égyptien, présent en masse sur la scène politique et sociale. » Téhéran a rompu ses relations diplomatiques avec Le Caire en 1980, après la révolution islamique, pour protester contre la conclusion en 1979 d'un accord de paix entre l'Égypte et Israël.

Le président égyptien élu avait annoncé plus tôt dans une interview à l'agence de presse iranienne Fars son intention de renforcer les relations diplomatiques avec Téhéran pour créer un « équilibre » stratégique dans la région.

L'entretien a eu lieu quelques heures avant l'annonce des résultats.

Les Émirats arabes unis , le Qatar , le Koweït et Bahreïn ont aussi félicité dimanche l'islamiste Mohamed Morsi pour son élection.

Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters