Poignée de main historique en Irlande du Nord

Paul Faith / The Associated Press

BELFAST, Royaume-Uni - La reine Élizabeth II et un ancien commandant de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) se sont serré la main, mercredi, à Belfast, un geste historique qui témoigne des progrès accomplis pour consolider la paix en Irlande du Nord.

La reine Élizabeth et Martin McGuinness se sont rencontrés en privé dans un théâtre de Belfast en marge d'un événement rassemblant les musiciens, poètes et artistes les plus en vue d'Irlande du Nord. Le mari de la reine, le prince Philip, le président irlandais, Michael Higgins, et le premier ministre d'Irlande du Nord, Peter Robinson, étaient également présents.

M. McGuinness avait été invité à participer à l'événement dans le cadre de ses fonctions de vice-premier ministre du gouvernement nord-irlandais.

Les médias n'ont pas pu voir leur première poignée de main, mais la reine et M. McGuinness ont renouvelé ce geste symbolique une demi-heure plus tard devant une caméra de télévision et deux photographes. Un tel geste aurait été inimaginable il y a encore quelques années, quand les dirigeants de l'IRA complotaient pour assassiner des membres de la famille royale britannique. Le parti nationaliste de M. McGuinness, le Sinn Féin, n'avait jamais participé à un événement royal auparavant.

Signe du caractère délicat de la rencontre, les autorités avaient interdit la diffusion en direct d'images et de son de l'événement. À l'extérieur, des policiers vêtus de gilets pare-balles avaient fermé toutes les rues menant au théâtre en avertissant les résidants de ne pas sortir de chez eux.

La reine a souri quand l'ex-chef de l'IRA lui a serré la main et lui a parlé pendant environ cinq secondes. Martin McGuinness a ensuite affirmé qu'il avait dit à la reine, en gaélique, «Au revoir et bon voyage», avant de lui traduire la phrase.

La reine Élizabeth II, resplendissante dans sa tenue vert pomme, n'a pas parlé, mais elle a continué de sourire en partageant la scène avec l'homme lié au meurtre de son cousin, Lord Louis Mountbatten.

Les experts du républicanisme irlandais affirment que Martin McGuinness était chef d'état-major de l'IRA quand le groupe interdit a fait exploser le yacht de Lord Mountbatten en 1979, tuant l'homme de 79 ans et trois autres personnes.

M. McGuinness a rapidement quitté le théâtre après sa poignée de main avec la reine. «Ça s'est très bien passé. Je suis toujours républicain», a-t-il dit en réponse à la question d'un journaliste alors qu'il s'apprêtait à monter dans sa voiture de fonction.

La reine, en visite à Belfast dans le cadre des célébrations entourant ses 60 ans de règne, a également reçu un cadeau du gouvernement d'unité nord-irlandais que dirige M. McGuinness avec Peter Robinson, un protestant. Leur coalition improbable mais étonnamment stable est un accomplissement majeur du processus de paix en Irlande du Nord.

Martin McGuinness s'est cependant placé en retrait quand M. Robinson a offert à la souveraine un délicat panier de porcelaine fabriqué par la maison nord-irlandaise Belleek Pottery. Des responsables du Sinn Féin ont expliqué qu'ils ne voulaient pas que M. McGuinness soit photographié en train d'offrir un cadeau à la reine.

Les dirigeants du Sinn Féin avaient refusé de rencontrer Élizabeth II l'an dernier lors de sa première visite d'État en République d'Irlande, affirmant qu'il était encore trop tôt après la fin de plusieurs décennies d'un conflit meurtrier.

Cette fois, le Sinn Féin a donné son feu vert à une telle rencontre, malgré l'opposition de certains républicains irlandais, qui veulent mettre un terme à la tutelle britannique en Irlande du Nord.