Le président destitué du Paraguay Fernando Lugo, le 22 juin 2012 à Asuncion

Le gouvernement du nouveau président du Paraguay, Federico Franco, qu'aucun pays étranger n'a encore reconnu, va s'efforcer d'imposer sa légitimité après la destitution vendredi du président Fernando Lugo qui a appelé dimanche à "manifester pacifiquement" contre son éviction expresse par un vote du Congrès.

"Ce n'est pas Lugo qui a été destitué, c'est la démocratie. La volonté populaire n'a pas été respectée", a lancé Fernando Lugo appelant à quelque 500 partisans réunis à Asuncion à une "manifestation pacifique" de protestation tout en disant accepter ce "verdict injuste du Parlement, au nom de la paix et de la non violence", a constaté l'AFP.

Lugo, premier président de gauche du Paraguay en 62 ans, s'est dit victime d'"un coup d'Etat parlementaire" dans une déclaration depuis les studios de TV Publica où il a pénétré brièvement, pour participer à une émission matinale dimanche.

Samedi matin, le nouveau président a reconnu lors d'une conférence de presse qu'il "y a des soucis qui (le) préoccupent avec la communauté internationale", mais il a immédiatement réfuté le terme de "coup d'Etat" employé également par certains chefs d'Etat au lendemain de la destitution du président Fernando Lugo.

Après cette transition menée au pas de charge et condamnée par de nombreux pays d'Amérique latine, le nouveau gouvernement va devoir justifier cette situation pour s'imposer comme interlocuteur crédible à l'étranger.

La présidente argentine, Cristina Kirchner, a évoqué un "coup d'Etat illégitime" et a rappelé samedi son ambassadeur à Asuncion, qui ne devrait pas y retourner avant "le rétablissement de l'ordre démocratique".

Samedi encore, le gouvernement brésilien a condamné à son tour la destitution sommaire du président Lugo, disant que ses droits à la défense n'avaient pas été bien garantis et qu'il s'agissait donc d'une "rupture de l'ordre démocratique", condition nécessaire à la participation du Paraguay au bloc d'intégration régionale.

Le président du Nicaragua Daniel Ortega a annoncé à son tour que son gouvernement ne reconnaissait pas le nouveau président paraguayen Federico Franco, qui a remplacé le président destitué après une manoeuvre au Congrès similaire "au coup d'Etat au Honduras il y a trois ans", a-t-il dit.

Le gouvernement uruguayen a décidé pour sa part de rappeler pour consultation son ambassadeur au Paraguay et estimé que la destitution de Fernando Lugo était en contradiction avec les "pratiques démocratiques fondamentales", selon un communiqué de la Présidence.

Le chef de l'Etat bolivien Evo Morales, puis Cuba, ont dénoncé un "coup d'Etat parlementaire", tandis que le Vénézuélien Hugo Chavez a qualifié d'"illégitime" le nouveau président. Le président Equatorien, autre dirigeant de gauche, a quant à lui appelé à un sommet de l'Union sud-américaine des Nations (Unasur) cette semaine pour décider d'éventuelles sanctions contre le nouveau régime.

De leur côté, Colombie, Mexique et Chili ont regretté que M. Lugo n'ait pas disposé de délais raisonnables pour préparer sa défense, alors que la Commission interaméricaine des droits de l'Homme (CIDH) de l'OEA a qualifié cette transition "d'atteinte à l'Etat de droit".

L'Union européenne s'est pour sa part contentée d'exprimer sa "préoccupation" et a appelé au respect de "la volonté démocratique", tandis que les Etats-Unis et le Panama ont appelé au calme.

Samedi, M. Franco a tenu à rassurer, à l'intérieur comme à l'extérieur, en soulignant qu'"il n'y a pas de militaires dans les rues".

Il a cependant refusé de créer une commission spécifique pour enquêter sur le récent massacre de paysans sans-terre et de policiers -- qui a justifié en partie la destitution de son prédécesseur -- , déclarant "qu'il existait des institutions juridictionnelles" dans le pays, et que son gouvernement allait collaborer avec elles "afin de sanctionner les responsables de ce massacre".

Le calme régnait samedi dans la capitale et dans l'ensemble de ce petit pays pauvre enclavé du cône sud-américain, fortement marqué par le régime de fer d'Alfredo Stroessner entre 1954 et 1989.

Quelques heurts entre partisans de Fernando Lugo et forces de l'ordre ont accompagné l'annonce de sa destitution vendredi soir, mais la foule a ensuite respecté l'appel au calme lancé par M. Lugo.

Accusé par le Parlement d'avoir "mal rempli ses fonctions", cet ancien évêque a été chassé du pouvoir au terme d'un procès politique expédié en quelques heures devant le Parlement, au sein duquel il avait perdu l'essentiel de ses alliés.

Ancien vice-président de M. Lugo, Federico Franco, 49 ans, a été investi dans la foulée et a annoncé la formation d'un nouveau gouvernement quelques heures plus tard.

M. Franco, qui appartient au Parti libéral, a rapidement reçu le soutien des grands propriétaires terriens et entamé sa campagne diplomatique samedi en recevant le nonce apostolique à Asuncion, Agustin Arietti, puis les ambassadeurs américain et allemand.

Le sommet du Mercosur (Marché commun sud-américain), prévu jeudi et vendredi à Mendoza (Argentine), constituera un premier test diplomatique pour les nouvelles autorités paraguayennes. Le marché commun du cône sud-américain compte parmi ses membres le Paraguay, l'Uruguay, le Brésil et l'Argentine.

Federico Franco a annoncé qu'il n'avait pas encore reçu d'"invitation claire" du Mercosur, dans un appel du pied à ses partenaires.

L'ex-évêque de 61 ans était le premier président de gauche au pouvoir après 62 ans de mainmise du Parti colorado (conservateur).

© 2012 AFP