- Paraguay : le nouveau président Federico Franco tente de se faire rassurant

Le gouvernement du nouveau président du Paraguay, Federico Franco, va s'efforcer d'imposer sa légitimité au lendemain de la destitution expresse de l'ancien président Fernando Lugo, qui a provoqué de nombreuses condamnations. Les gouvernements latino-américains, toutes tendances confondues, considèrent cette destitution comme un coup d'État déguisé.

M. Franco a affirmé samedi qu'il demanderait à son prédécesseur de l'aider à calmer les tensions et d'éviter de faire de son pays un paria régional. Il a aussi promis d'honorer les engagements du pays à l'étranger, de respecter la propriété privée, de collaborer avec les autres leaders latino-américains pour minimiser les impacts diplomatiques.

« Notre ministre des Affaires étrangères se rendra en Argentine, au Brésil et en Uruguay pour y rencontrer les autorités et leur expliquer qu'il ne s'agit pas ici de violation de la démocratie. La passation des pouvoirs via un procès politique est établie dans la Constitution », a déclaré le nouveau président.

M. Franco a reconnu lors d'une conférence de presse qu'il « y a des soucis qui [le] préoccupent avec la communauté internationale », mais il a immédiatement réfuté le terme de « coup d'État » employé par certains chefs d'État. Il a d'ailleurs rappelé avoir été élu vice-président par un vote populaire en 2008 .

Alors qu'il était vice-président, M. Franco et son parti avaient retiré leur appui au président Lugo, ouvrant la voie à sa destitution.

Le président destitué a contesté dimanche le bien-fondé de son éviction qu'il a qualifié de « destitution de la démocratie ». Il a appelé à « manifester pacifiquement » contre ce « verdict injuste » des députés.

Une destitution qui fait réagir

Les gouvernements argentin et brésilien ont décidé de retirer leur ambassadeur du Paraguay, samedi.

La présidente argentine Cristina Kirchner, partenaire du Paraguay au sein du MERCOSUR, le marché commun sud-américain, a condamné un « coup d'État inacceptable » au siège de la présidence à Buenos Aires.

Celle-ci a regretté une « attaque contre les institutions », qui « reproduit des situations que nous croyions avoir totalement dépassées en Amérique du Sud », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse.

Avant même l'annonce du départ de M. Lugo, le président équatorien Rafael Correa s'est empressé de juger cette destitution « illégitime », affirmant dans une déclaration à la radio que son pays ne reconnaîtrait pas d'autre chef d'État.

À Caracas, le président vénézuélien Hugo Chavez a également qualifié d'« illégitime » le nouveau président, investi immédiatement après la destitution de M. Lugo.

« Le Venezuela ne reconnaît pas ce gouvernement sans valeur, illégal et illégitime qui s'est installé à Asunción », a affirmé le président socialiste dans une déclaration publique.

Autre représentant de la gauche radicale sur le continent, le président bolivien Evo Morales a dénoncé un « coup d'État parlementaire », précisant également que son pays « ne reconnaîtra pas un gouvernement non issu des urnes », a rapporté l'agence de presse gouvernementale ABI.

À Santiago, le chef de la diplomatie chilienne Alfredo Moreno s'est joint à la dénonciation générale en estimant que le procès en destitution particulièrement expéditif « n'avait pas rempli les critères minimaux requis » par ce type de procédure, dans une déclaration sur l'antenne de la télévision nationale.

À Lima, le président péruvien Ollanta Humala a estimé que la destitution de Fernando Lugo constituait « un revers pour le processus démocratique de la région qui oblige nos pays à rester vigilants », exprimant sa « solidarité » dans un message aux citoyens paraguayens, a indiqué l'agence officielle Andina.

En théorie, le Paraguay pourrait être suspendu du MERCOSUR pour violation des principes démocratiques de l'organisation.

Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Antonio Patriota, a indiqué que les dirigeants du bloc débattraient de la situation la semaine prochaine lors d'un sommet du MERCOSUR en Argentine. Il a précisé à la télévision à Brasilia que le Brésil ne répliquerait pas unilatéralement à la crise paraguayenne et rechercherait un consensus régional.

Le départ de M. Lugo ne s'apparente pas à un processus mûrement réfléchi, a fait valoir Adam Isacson, expert du centre de recherches Washington Office, spécialisé dans les affaires de l'Amérique latine. Selon lui, cela démontre plutôt qu'on peut expulser un président pour la simple raison que sa personne ou ses décisions ne sont pas populaires.

Federico Franco désigné président

Le nouveau président du Paraguay, investi peu après la destitution de Fernando Lugo, est un chirurgien de 49 ans, critique acerbe du Vénézuélien Hugo Chavez, mais qui dit s'inspirer des politiques de centre gauche de l'ex-président brésilien Lula da Silva ou de l'ex-présidente chilienne Michelle Bachelet.

Issu du Parti libéral radical authentique (centre droit), le président désigné a fait part vendredi soir, dans sa première conférence de presse, de son souhait d'intégrer dans son gouvernement l'ensemble des tendances politiques du pays.

L'ancien prêtre catholique Fernando Lugo avait été élu en 2008, devenant le premier président de gauche en 62 ans. Son mandat devait se terminer en 2013. Récemment soigné avec succès d'un cancer du système lymphatique, il avait annoncé qu'il ne se représenterait pas à l'élection d'avril 2013.

Le procès en destitution de M. Lugo a été en partie motivé par une tentative de la police d'évincer environ 150 paysans sans terre d'une réserve forestière de 2000 hectares appartenant à un politicien du parti Colorado (opposition). La confrontation entre la police et les paysans a fait 17 morts la semaine dernière, soit six policiers et 11 paysans.

Les opposants politiques de M. Lugo lui ont attribué la responsabilité de cette opération qui a mal tourné.

Le président était aussi jugé sur quatre autres accusations. Il était accusé d'avoir autorisé des partis de gauche à organiser une réunion politique dans une base militaire en 2009, d'avoir permis à 3000 squatteurs d'envahir illégalement une ferme de soya appartenant à des Brésiliens, d'avoir échoué à arrêter les membres de l'Armée du peuple paraguayen, un groupe de guérilla, et d'avoir signé un protocole international sans l'avoir soumis au Congrès pour approbation.

Le procès en destitution apparaît comme une issue dramatique pour un président autrefois très populaire, qui a quitté ses fonctions de prêtre pour se porter candidat à la présidence en 2008 dans la foulée des succès des mouvements de gauche dans les autres pays d'Amérique latine.

Le Paraguay, un des pays les plus pauvres d'Amérique du Sud, a une longue histoire d'instabilité politique. L'ex-président Lugo a été élu il y a quatre ans en promettant d'améliorer le sort des catégories les plus pauvres et à lutter contre la corruption mais s'est heurté à un Congrès hostile.

Radio-Canada.ca avec AFP, Associated Press et Reuters