Capture d'écran d'une vidéo AFP montrant les islamistes en train de détruire un mausolée à Tombouctou le 1er juillet 2012

Des sages de Tombouctou, dans le nord du Mali, ont dissuadé les jeunes de manifester contre la destruction de mausolées de saints musulmans de cette ville mythique par les islamistes armés qui la contrôlent par crainte d'un bain de sang, ont affirmé des témoins mardi à l'AFP.

Des jeunes avaient prévu de marcher mardi pour exprimer leur colère après la destruction de sept des seize mausolées de saints musulmans et de la porte d'une mosquée datant du XVème siècle par des hommes d'Ansar Dine (Défenseur de l'islam), un des groupes armés occupant depuis trois mois le nord malien, selon ces témoins.

"Nous avons demandé aux jeunes de ne pas manifester parce que nous craignons que ces gens-là (les islamistes) ne les tuent. Et nous allons prier pour que Dieu nous sorte de cette situation", a déclaré à l'AFP un patriarche du quartier de Bella Farandi, simplement identifié comme Kamiss, joint depuis Bamako.

Selon Ahmad et Cheick, deux jeunes de différents quartiers, des "anciens" (sages) de la ville se sont rendus lundi soir dans des maisons pour exhorter au calme afin d'éviter un bain de sang, les islamistes étant susceptibles d'utiliser leurs armes contre les populations en cas de manifestation.

"Nous avons voulu réagir et marcher ce (mardi) matin pour leur montrer notre désapprobation de leurs actes. Mais les anciens de la ville ont fait le porte-à-porte pour nous demander de les laisser faire", en disant "que Dieu leur fera payer leurs actes", a expliqué Ahmad.

"Nous avons respecté leurs conseils et nous allons attendre", a-t-il ajouté, sans préciser ce que les jeunes feraient dans les jours à venir.

D'après divers témoins, les islamistes n'avaient pas démoli mardi d'autres sanctuaires ou édifices religieux de Tombouctou, surnommée "la cité des 333 saints", en référence aux personnages vénérés de son passé qui y sont enterrés.

La ville est un ancien centre culturel et intellectuel d'Afrique sahélienne, inscrite le 28 juin par l'Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité en péril. Les démolitions des mausolées et d'une porte de la mosquée Sidi Yahia, un des saints les plus vénérés de la ville, ont choqué au Mali et dans le monde.

© 2012 AFP