L'église de la Nativité de Bethléem, photographiée le 28 juin 2012

L'Unesco a inscrit vendredi le site de l'église de la Nativité de Bethléem (Cisjordanie) au Patrimoine mondial, usant d'une procédure d'urgence qui a suscité une vive protestation d'Israël, lors d'une session à Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie).

Le site du "Lieu de naissance de Jésus", comprenant également la route de pèlerinage, a été inscrit par 13 voix pour, 6 contre et 2 abstentions lors d'un vote secret des 21 membres du Comité du patrimoine, qui comprenaient cette année notamment la France, la Russie, l'Allemagne et le Japon.

L'annonce de l'inscription du site était incertaine à l'origine en raison des objections d'Israël, de l'enjeu politique et des avis défavorables d'experts.

A Ramallah, la présidence palestinienne s'est aussitôt félicitée.

"Cette reconnaissance par le monde des droits du peuple palestinien est une victoire pour notre cause et la justice", a déclaré à l'AFP Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président Mahmoud Abbas.

Il s'agit du premier site palestinien inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.

Le délégué palestinien à Saint-Pétersbourg a estimé que la décision accordait aux Palestiniens leur "droit culturel à l'auto-détermination".

"Ces sites sont menacés de destruction totale par l'occupation israélienne, la construction du mur de séparation, à cause des sanctions israéliennes et des mesures prises pour opprimer l'identité palestinienne", a déclaré le délégué, dont le nom n'a pas été cité.

"Cela prouve que la communauté internationale dans son ensemble a l'intention de protéger la Palestine (...) et de s'assurer que l'Etat palestinien soit créé dans ses frontières de 1967 avec pour capitale Jérusalem est", a poursuivi le délégué.

Son homologue israélien a vivement réagi.

Les USA "profondément déçus"

"La décision qui vient d'être prise est absolument politique et constitue de notre point de vue une atteinte grave à la convention" du Patrimoine mondial, a-t-il déclaré.

Les Etats-Unis se sont également dits "profondément déçus", par la voix de leur ambassadeur auprès de l'Unesco, David Killion.

Ce "site est sacré pour tous les chrétiens" et l'Unesco "ne devrait pas être politisée", a-t-il déclaré dans un communiqué, relevant que la procédure d'urgence ne devait concerner que des sites menacés de destruction imminente.

Les Palestiniens, entrés à l'Unesco en octobre 2011 au terme d'un vote qui avait provoqué la colère des Israéliens et des Américains, avaient demandé cette procédure en arguant du "délabrement et de la dégradation de l'ensemble architectural", notamment du fait des "forces d'occupation" israéliennes.

Israël avait affirmé n'avoir "aucune objection" à l'inscription du site au Patrimoine mondial, mais avait contesté le recours à la procédure d'urgence, estimant que c'était "une façon de laisser entendre qu'Israël ne protégeait pas le site".

La candidature de Bethléem avait connu un revers avec l'avis défavorable des experts du Conseil international des monuments et des sites (Icomos), qui avaient recommandé à la Palestine de revoir son dossier et les mesures de conservation prévues.

Haut lieu de pèlerinage, Bethléem est le premier site touristique des Territoires palestiniens (deux millions de visiteurs en 2011). Datant de l'empereur romain Constantin, au IVe siècle et restaurée au VIe siècle sous Justinien, la basilique de la Nativité est l'un des sanctuaires les plus anciens de la chrétienté.

Le comité a également inscrit vendredi au Patrimoine mondial les "sites de l'évolution humaine du mont Carmel : les grottes de Nahal Me'arot/Wadi el-Mughara" (Israël), le "lagon sud des îles Chelbacheb" (Palaos), le "paysage culturel de la province de Bali : le système des subak en tant que manifestation de la philosophie du Tri Hita Karana" (Indonésie), et "Rabat, capitale moderne et ville historique : un patrimoine en partage" (Maroc).

Jeudi, le comité a placé Tombouctou, ville du nord du Mali aux mains des islamistes depuis la fin mars, sur la liste du patrimoine mondial en péril, et mardi, c'est le port marchand de Liverpool (Grande Bretagne) qui a été ajouté à cette liste en raison d'un vaste projet d'aménagement.

Trente-trois nouveaux sites étaient présentés au total pour être distingués pour leur "valeur universelle exceptionnelle" et s'ajouter à une liste déjà longue de 936 noms dans 153 pays, lors de la session qui se tient à Saint-Pétersbourg jusqu'au 6 juillet.

© 2012 AFP