- L'UNESCO inscrit d'urgence Bethléem au patrimoine mondial

L'UNESCO a inscrit d'urgence au patrimoine mondial le site de l'église de la Nativité de Bethléem, en Cisjordanie, suscitant des réactions opposées de la part des Israéliens et des Palestiniens.

« Cette reconnaissance par le monde des droits du peuple palestinien est une victoire pour notre cause et la justice », a déclaré à l'Agence France-Presse Nabil Abou Roudeina, porte-parole du président palestinien Mahmoud Abbas.

Le délégué palestinien à Saint-Pétersbourg, où le Comité du patrimoine est réuni jusqu'au 6 juillet, a estimé que cette décision accordait aux Palestiniens leur « droit culturel à l'autodétermination ». « Ces sites sont menacés de destruction totale par l'occupation israélienne, la construction du mur de séparation, à cause des sanctions israéliennes et des mesures prises pour opprimer l'identité palestinienne », a-t-il déclaré.

« Cela prouve que la communauté internationale dans son ensemble a l'intention de protéger la Palestine [...] et de s'assurer que l'État palestinien soit créé dans ses frontières de 1967 avec pour capitale Jérusalem-Est », a poursuivi le délégué, dont le nom n'a pas été cité.

Controverse autour de l'inscription

« La décision qui vient d'être prise est absolument politique et constitue de notre point de vue une atteinte grave à la convention » du patrimoine mondial, a réagi le représentant israélien à Saint-Pétersbourg.

Israël, qui avait affirmé n'avoir « aucune objection » à l'inscription du site au patrimoine mondial, a contesté le recours à la procédure d'urgence, qui laissait entendre selon elle qu'elle « ne protégeait pas le site ».

Un doute planait d'ailleurs sur l'annonce de l'inscription du site en raison des objections d'Israël et des avis défavorables d'experts comme le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), qui avait recommandé à la Palestine de revoir son dossier et les mesures de conservation prévues.

Les Églises gardiennes des lieux saints - grecque orthodoxe, latine (catholique romaine) et arménienne - avaient craint pour leur part une « instrumentalisation » du site.

Les États-Unis se sont eux aussi dits « profondément déçus » par l'annonce. L'ambassadeur américain auprès de l'UNESCO, David Killion, a fait savoir par voie de communiqué que le site est « sacré pour tous les chrétiens » et que l'UNESCO ne devrait pas « être politisée ». Il a ajouté que la procédure d'urgence ne devait concerner que des sites menacés de destruction imminente.

La Palestine a été acceptée comme membre à part entière à l'UNESCO en octobre 2011, ce qui a provoqué la colère d'Israël et des États-Unis, qui avaient réagi par la suspension de leur contribution financière à l'organisation.

Haut lieu de pèlerinage, Bethléem est le premier site palestinien inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.

Il a récolté 13 voix pour son inscription, 6 contre et 2 abstentions lors d'un vote secret des 21 membres du Comité du patrimoine (composé notamment de la France, la Russie, l'Allemagne et le Japon).

La liste du patrimoine mondial de l'UNESCO comprend 936 sites dans 153 pays. Trente-trois nouveaux sites sont en lice pour cette distinction.

Jeudi, l'UNESCO a inscrit la ville de Tombouctou et le Tombeau des Askia, au Mali, sur sa liste du patrimoine mondial en péril en raison des combats qui font rage dans le nord du pays.

Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters