Un jeune Egyptien embrasse un portrait de Mohamed Morsi, place Tahrir au Caire, le 24 juin 2012

Le président élu Mohamed Morsi, premier islamiste à accéder à la magistrature suprême en Egypte, a promis dimanche d'être le président de "tous les Egyptiens", en appelant à l'unité nationale et en promettant de respecter les traités internationaux signés par son pays.

M. Morsi a obtenu 51,73% des voix contre 48,27% pour Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre du président déchu Hosni Moubarak.

Des centaines de milliers de personnes ont fêté sa victoire sur la place Tahrir, au Caire, symbole de la "révolution" qui a renversé M. Moubarak l'an dernier.

"Je suis le président de tous les Egyptiens sans exception", a déclaré M. Morsi dans son premier discours à la nation en tant que président élu, quelques heures après l'annonce officielle de sa victoire par la commission électorale.

"L'unité nationale est le seul moyen de sortir de ces temps difficiles", a-t-il ajouté, en faisant référence aux hommes, aux femmes, aux chrétiens comme aux musulmans.

M. Morsi qui a affirmé pendant sa campagne être le candidat de la "révolution", a commencé son discours par un hommage aux quelque 850 personnes tuées pendant le soulèvement. Il faut que la "révolution continue jusqu'à la réalisation de tous ses objectifs", a-t-il dit.

Le président élu s'est aussi engagé à "préserver les traités et chartes internationaux" signés par l'Egypte. Parmi les principaux engagements internationaux du pays figurent les accords de paix avec Israël conclus en 1979.

Son rival, Ahmad Chafiq, l'a félicité dans la soirée en lui souhaitant du "succès dans la tâche difficile que lui a confiée le peuple égyptien".

Agé de 60 ans, Mohamed Morsi, ingénieur diplômé d'une université américaine, est le premier président élu depuis le départ de M. Moubarak, contraint à la démission par une révolte populaire en février 2011. Il est aussi le premier civil à devenir chef de l'Etat depuis la chute de la monarchie en 1952, ses prédécesseurs étant tous sortis des rangs de l'armée.

Sa victoire a été saluée par une explosion de joie place Tahrir au Caire, où des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées. "Allah akbar!" (Dieu est le plus grand), "A bas le pouvoir militaire", ont scandé ses partisans, dont certains ont aussi tiré des feux d'artifice.

"C'est une victoire pour la révolution égyptienne", affirmait un manifestant, Mohammed Abdel Ghafar.

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le pays depuis la chute de M. Moubarak, a promis de remettre le pouvoir exécutif au nouveau président avant la fin du mois. Son chef, le maréchal Hussein Tantaoui, a adressé ses félicitations dimanche à M. Morsi.

Fort d'une légitimité acquise dans une élection où les Egyptiens ont pu pour la première fois choisir leur président librement, le chef de l'Etat disposera toutefois d'une marge de manoeuvre très réduite face au Conseil militaire.

Dans une "Déclaration constitutionnelle complémentaire", l'armée a en effet récupéré le pouvoir législatif après la dissolution mi-juin de l'Assemblée nationale, contrôlée par les islamistes, en vertu d'un jugement déclarant illégal le mode de scrutin.

Toute réforme restera donc, jusqu'à l'élection d'une nouvelle Chambre des députés à une date non précisée, soumise au contrôle des militaires.

L'armée garde également un droit de regard sur la rédaction de la future Constitution, ainsi que des prérogatives importantes en matière de sécurité et de maintien de l'ordre dans ce pays de quelque 82 millions d'habitants.

Un responsable des Frères musulmans, Mohamed el-Beltagui, a indiqué que les partisans de la confrérie poursuivraient leur sit-in sur la place Tahrir "jusqu'à l'annulation" de la "Déclaration constitutionnelle complémentaire", en ajoutant que le CSFA "n'a pas le droit de confisquer le pouvoir exécutif ou législatif".

Selon la commission électorale, le taux de participation s'est élevé à 51,85% pour le second tour de cette présidentielle qui a eu lieu les 16 et 17 juin, contre 46% lors du premier tour les 23 et 24 mai.

L'annonce des résultats a été accueillie par des cris, des pleurs et de la colère dans l'hôtel de la banlieue du Caire, où l'équipe de campagne et des partisans d'Ahmad Chafiq s'étaient réunis.

"C'est un jour très triste pour l'Egypte. Je ne pense pas que Morsi ait gagné. Je suis très triste que l'Egypte soit désormais représentée par cet homme (Morsi, NDLR) et son groupe", a dit Magued, un partisan de M. Chafiq, le visage fermé.

"C'est un marché conclu entre l'armée et les Frères musulmans", a déploré une supportrice souhaitant rester anonyme, en estimant que "l'armée a eu peur que le pays s'engage dans la violence" si M. Chafiq l'emportait.

Chef du Parti de la justice et de la liberté (PLJ), issu des Frères musulmans, M. Morsi a bénéficié au cours de sa campagne du soutien de l'immense réseau militant de la confrérie, la plus importante et la mieux organisée des forces politiques du pays.

M. Chafiq quant à lui avait le soutien des réseaux de l'ancien parti de M. Moubarak, d'une très grande partie de la communauté chrétienne et de nombreux Egyptiens séduits par son discours de retour à la sécurité après une transition politique chaotique.

L'Eglise copte orthodoxe d'Egypte a félicité le président élu, selon la télévision publique.

De nombreuses capitales occidentales et du Moyen-Orient ont salué cette élection.

Les Etats-Unis ont félicité le nouveau président en appelant à l'unité nationale et espérant que l'Egypte resterait un "pilier de la paix dans la région".

Israël a rendu hommage au "processus démocratique" qui a permis à M. Morsi d'accéder à la présidence et a indiqué souhaiter poursuivre sa coopération avec Le Caire.

La victoire de M. Morsi a été fêtée dans la liesse et au son de rafales d'armes automatiques dans l'enclave palestinienne de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas.

© 2012 AFP