- L'exécution d'un handicapé intellectuel reportée en Georgie

L'exécution d'un condamné à mort attardé mentalement, qui était prévue mercredi en Georgie, a été reportée à lundi prochain en raison d'un changement dans la procédure d'injection létale, a annoncé mardi le directeur des prisons de l'État, Brian Owens.

Warren Hill, un Noir américain qui a passé 21 ans dans le couloir de la mort, a été condamné à la peine capitale en 1991 pour le meurtre d'un codétenu, alors qu'il était en prison pour un autre meurtre, celui de sa compagne, selon les autorités pénitentiaires de l'État.

L'homme de 52 ans doit être le premier exécuté en Georgie par l'injection létale d'un seul produit, le pentobarbital, contre trois auparavant.

« S'appuyant sur l'expérience d'autres États et le témoignage d'experts médicaux, le produit s'est montré efficace. Les services [pénitentiaires] s'engagent à exécuter la décision du tribunal de la manière la plus responsable et professionnelle qui soit », a déclaré le directeur Brian Owens.

Le condamné est doté d'un quotient intellectuel (QI) de 70, le niveau généralement reconnu par les experts pour établir un diagnostic de retard mental. Malgré tout, il s'est vu refuser la clémence lundi par le Comité des grâces de l'État de Georgie.

Un attardé mental exécuté au Texas

Du côté du Texas, Yokamon Hearn, 34 ans, a été exécuté comme prévu mercredi soir malgré les preuves d'un désordre mental depuis son enfance ainsi que les nombreuses protestations contre son exécution, ont annoncé les autorités pénitenciaires de l'État. La Cour suprême des États-Unis a rejeté son ultime appel quelques heures avant son exécution.

Ce Noir américain, dans le couloir de la mort depuis 1998 pour meurtre, souffrait du syndrome de l'alcoolisation foetale, maladie attribuable au fait que sa mère a consommé une importante quantité d'alcool pendant sa grossesse.

Condamné à la peine capitale à l'âge de 19 ans pour le meurtre d'un Blanc, Yokamon Hearn a été déclaré mort par injection létale à 18 h 37 (22 h 37 GMT), selon les mêmes sources. Il devient ainsi le premier homme à être exécuté au Texas par l'injection létale d'un seul produit, le pentobarbital.

En 2002, la Cour suprême des États-Unis a interdit l'exécution de condamnés attardés mentaux, car leur handicap « ferait courir le risque d'une exécution arbitraire ». Elle laisse toutefois chaque État fixer les conditions requises pour déterminer ce type de handicap.

La Georgie a aboli en 1988 la peine de mort pour les condamnés atteints de retards mentaux. Elle a toutefois établi un seuil de quotient intellectuel plus élevé que les autres États pour définir le retard mental.

Un juge de Georgie avait statué que Warren Hill était attardé intellectuellement, mais à un niveau inférieur à celui requis par l'État. En 2003, la Cour suprême de l'État avait estimé que la défense du condamné n'avait pas atteint le seuil du « doute raisonnable » et une cour d'appel fédérale avait confirmé ce jugement.

La Cour suprême des États-Unis avait rejeté un recours du condamné le 4 juin dernier. Après le refus du Comité des grâces d'accorder la clémence à M. Hill lundi, son avocat a introduit un nouveau recours pour demander à la plus haute juridiction du pays de lui donner un sursis et de réentendre l'affaire pour juger cette exécution contraire à la Constitution, à la lumière de sa décision de 2002.

Appels au moratoire

Plusieurs organisations et personnalités, dont l'ancien président américain Jimmy Carter, mais aussi la famille de la victime, avaient appelé le Comité des grâces de Georgie à commuer la condamnation à mort de M. Hill en réclusion criminelle à perpétuité.

Tandis qu'Amnistie internationale a déclaré que « la réputation de la Georgie sera dangereusement ternie si l'État exécute Warren Hill », un expert de l'Organisation des Nations unies (ONU) à Genève a quant à lui exhorté les États de Georgie et du Texas à suspendre les exécutions des deux hommes.

« C'est une violation des protections [constitutionnelles] sur la peine de mort que d'imposer la punition suprême à des individus souffrant de handicaps psychosociaux », a dit Christof Heyns, le rapporteur spécial de l'Office du haut-commissaire aux droits de l'homme.

La France a de son côté exprimé sa « préoccupation concernant la situation de Warren Hill » et a demandé l'annulation de son exécution, tout en réitérant son appel à un moratoire universel sur la peine de mort.

Radio-Canada.ca avec AFP, LeMonde et Europe1