- Les liens économiques et militaires syro-russes

Les liens qui unissent Moscou et Damas remontent aux années 1950 avec des accords sur l'armement et le financement d'infrastructures en Syrie. Devant le refus des États-Unis de soutenir économiquement le pays, la Syrie se tourne alors vers l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) dans le contexte de la guerre froide.

L'URSS finance notamment la construction d'un chemin de fer entre Alep et Lattaquié. La Syrie se rapproche de l'Union soviétique jusque dans les années 1970 avec l'arrivée au pouvoir de Hafez Al-Assad, père de l'actuel président syrien Bachar Al-Assad.

Longtemps réfractaire à l'idée de s'engager auprès de la Russie, Hafez Al-Assad conclut une entente avec le chef de l'URSS, Leonid Brejnev, au début des années 1980. MM. Brejnev et Assad signent un « traité d'amitié et de coopération », qui établit des « liens stratégiques spéciaux » entre les deux pays.

Les relations entre la Syrie et la Russie se brouillent un peu avec la désintégration de l'URSS et l'apparition de différends sur les questions palestinienne et irakienne, au moment où la guerre Iran-Irak fait rage. La rupture est consommée en 1991, quand l'empire soviétique s'effondre. Damas se rapproche de Washington et se range derrière la coalition contre l'Irak de Saddam Hussein lors de la première guerre du Golfe.

La Syrie rentre dans le giron russe en juillet 1999 quand Hafez Al-Assad se rend en Russie pour la première fois depuis l'éclatement de l'URSS. Les deux pays conviennent de s'opposer à « tout diktat d'un ou de plusieurs pays » dans la conduite des affaires internationales.

Les liens entre les deux pays se resserrent quand Bachar Al-Assad succède à son père à la tête du pays, en 2000. Le nouveau président syrien rencontre le président russe Vladimir Poutine en janvier 2005. La Russie efface 73 % de la dette syrienne contractée à l'époque soviétique.

À partir d'août 2008, alors que Damas soutient Moscou lors de l'opération militaire en Géorgie, l'un de ses anciens États satellites de l'ère soviétique, les échanges entre les deux pays s'intensifient. Ils étendent leur coopération en développant des infrastructures militaires dans le port de Tartous, dans le nord-ouest de la Syrie.

En mai 2010, le gouvernement syrien reçoit le président russe Dimitri Medvedev. Au cours de cette première visite d'un président russe en Syrie, M. Medvedev promet d'aider le pays à construire des infrastructures dans les milieux gaziers et pétroliers ainsi que de fournir de l'aide pour la construction d'une centrale d'énergie nucléaire.

À la suite des violences qui éclatent en Syrie, la Russie et la Chine opposent leur veto au Conseil de sécurité de l'ONU, à deux reprises (en octobre 2011 puis en février 2012), pour empêcher l'adoption de résolutions condamnant la répression sanglante des manifestations.

Depuis le début de l'année 2012, les Russes massent des navires de guerre à la base militaire de Tartous, la seule dont dispose la Russie en Méditerranée. Moscou y dépêche de nouveaux navires militaires au début du mois de juillet en précisant qu'ils poursuivraient leurs livraisons de systèmes de DCA, des batteries antiaériennes.

Lundi, la Russie a accusé les Occidentaux de la faire « chanter » pour l'obliger à accepter des sanctions du Conseil de sécurité contre Damas, rejetant les affirmations selon lesquelles l'issue de la crise se trouve à Moscou.

C'est dans ce contexte que l'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Kofi Annan, s'est rendu en Russie avec pour mission d'assouplir la position russe.

L'ONU souhaite l'instauration d'un gouvernement de transition et une résolution sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies. Cette disposition de la charte prévoit des mesures coercitives en cas de menace contre la paix, allant de sanctions économiques à l'usage de la force militaire.

Radio-Canada.ca avec AFP et Les clés du Moyen-Orient