Un garde à la raffinerie de Tawke, dans le Kurdistan irakien

Le Kurdistan irakien, en conflit depuis des mois avec Bagdad, cherche à augmenter sa production pétrolière et ses capacités d'exportation, un atout clé sur le chemin de l'indépendance.

Le président de la région autonome du Kurdistan, Massoud Barzani, a multiplié ces derniers mois les attaques contre le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, tandis que la région cessait ses exportations pétrolières vers l'Irak en raison d'un contentieux financier.

Le Kurdistan a également refusé de livrer à Bagdad le vice-président irakien Tarek al-Hachémi, accusé d'avoir fomenté des meurtres.

Si la région a pour l'instant évité tout mouvement franc vers l'indépendance, M. Barzani a indiqué qu'il pourrait décider d'un référendum sur cette question en cas de détérioration de la crise avec Bagdad.

Et le Premier ministre de la région, Nechirvan Barzani, a déclaré à l'AFP que le peuple kurde avait le droit à l'indépendance, même si le Kurdistan respectait la Constitution irakienne. "Nous devons faire face à la réalité", a-t-il reconnu.

Le Kurdistan a son gouvernement, son drapeau et ses propres forces de sécurité, mais d'un point de vue économique, il dépend du gouvernement irakien, qui a obligation de lui verser 17% du budget national.

Pour diminuer cette dépendance en développant son secteur pétrolier, la région a signé des dizaines de contrats avec des compagnies étrangères.

"Il est devenu très clair que les Kurdes voient l'expansion de leur secteur pétrolier comme crucial pour leur future indépendance", souligne Reidar Visser, un expert irakien, rédacteur en chef du site www.historiae.org.

"En signant ces contrats, les Kurdes pensent au long terme, quand une séparation de l'Irak sera en leur faveur", estime Ruba Husari, qui dirige le site spécialisé Iraq Oil Forum.

Contrats attractifs

Actuellement dépendant de Bagdad pour exporter son pétrole, le Kurdistan prévoit aussi la construction d'un gazoduc pour alimenter le réseau du turc BOTAS, de même que d'un oléoduc pour relier celui de Ceyhan, en Turquie.

"Un oléoduc du Kurdistan à la Turquie permettrait aux Kurdes d'exporter du brut de façon indépendante de Bagdad et d'encaisser les recettes directement", souligne Mme Husari.

Le gouvernement irakien, qui estime que tout contrat pétrolier doit passer par Bagdad, s'est opposé vigoureusement aux contrats passés directement avec le Kurdistan, qu'il juge illégaux.

"M. Maliki estime que ces accords représentent une initiative très dangereuse qui pourrait provoquer une guerre" et "mettre fin à l'unité de l'Irak", a affirmé son porte-parole, Ali Moussaoui, en évoquant en particulier un contrat signé par la major américaine ExxonMobil en octobre.

M. Maliki a même envoyé un message au président américain Barack Obama pour l'exhorter à intervenir auprès d'ExxonMobil, qui a été écarté en avril d'une nouvelle session d'enchères pour des contrats d'exploration en Irak.

Les autorités irakiennes ont d'ailleurs rappelé mercredi aux compagnies pétrolières françaises que tout contrat avec Bagdad serait annulé si elles signaient d'autres contrats avec des autorités locales ou régionales du pays.

Bagdad "place sur liste noire les entreprises" signant des contrats avec le Kurdistan, souligne Mme Husari.

Selon M. Visser, la position de la Turquie, avec qui le Kurdistan a d'importantes relations économiques, sera déterminante, car il est "concevable" que les autorités turques, confrontées elles aussi aux revendications d'une forte minorité kurde, "puisse préférer l'unité de l'Irak".

Mais pour les compagnies pétrolières, les contrats de partage de production proposés par le Kurdistan sont très attractifs, car beaucoup plus lucratifs que les contrats de service du gouvernement fédéral, qui offrent un prix fixe par baril de brut.

© 2012 AFP