Le candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi proclamé vainqueur de la présidentielle égyptiennne

Mohammed Abu Zaid / The Associated Press

CAIRO - Le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, a été officiellement proclamé vainqueur dimanche de l'élection présidentielle en Egypte, une annonce saluée par la liesse populaire sur l'emblématique place Tahrir au Caire. C'est le premier président élu depuis la chute de Hosni Moubarak en février 2011.

Selon les résultats annoncés par le président de la Commission électorale Farouk Sultan, M. Morsi l'a emporté avec plus de 13,2 millions des voix (51,7, contre 12,3 millions de voix (48,3%) à Ahmed Shafiq, dernier Premier ministre du président déchu Moubarak. Ancien militaire de carrière, M. Shafiq était considéré par ses détracteurs comme le candidat de l'armée et de l'ancien régime.

D'après M. Sultan, le taux de participation du second tour de l'élection, les 16 et 17 juin, a atteint 51,85% des plus de 50,9 millions d'électeurs inscrits.

Une clameur de joie est montée de la place Tahrir du Caire où des dizaines de milliers d'Egyptiens s'étaient massés pour attendre les résultats, annoncés en direct à la télévision et accueillis par des chants et danses. La place est devenue le symbole du soulèvement qui a poussé l'ancien président Hosni Moubarak à la démission en février 2011.

Les autorités avaient renforcé le dispositif de sécurité dans les rues du Caire et aux abords des principaux édifices publics dans la crainte de violences. L'annonce des résultats, reportée de plusieurs jours en raison des nombreux recours déposés par les candidats, est intervenue dans un climat de tension, Mohammed Morsi et son rival ayant chacun revendiqué la victoire.

Les mots sont impuissants à traduire la "joie" de ce "moment historique", a commenté Ahmed Abdel-Attieh, porte-parole de Mohammed Morsi. "Nous sommes arrivés à ce moment par le sang des martyrs de la révolution", a-t-il dit.

Agé de 60 ans, Mohammed Morsi est un ingénieur de formation, notamment diplômé de l'Université de Californie du Sud. Plusieurs fois député sous le régime Moubarak, il avait dû remplacer au pied levé Khaïrat al-Chater, le stratège et No2 des Frères musulmans, dont la candidature à la présidentielle avait été invalidée.

Il a défendu sans originalité la plate-forme de la confrérie: lutter contre la corruption des institutions, placer l'Etat sous le signe de l'Islam tout en se montrant assez vague sur la question. Proclamant dès le 18 juin sa victoire, il a ainsi pris soin de se présenter comme le représentant de tous les Egyptiens, de "toutes les factions politiques, des musulmans, des chrétiens", ainsi qu'un recours contre le retour de l'ancien régime.

Mohammed Morsi était arrivé en tête au premier tour les 23 et 24 mai, mais de peu, avec près de 25% des suffrages, soit 5,6 millions de voix.

Son adversaire, Ahmed Shafiq, avait créé la surprise en se classant deuxième avec près de 24% des suffrages, soit 5,3 millions de voix. Ancien chef d'état-major de l'armée de l'Air, puis ministre de l'Aviation civile, il avait été le dernier chef de gouvernement du raïs Hosni Moubarak.

Désigné à ce poste le 28 janvier dernier, il avait été limogé le 3 mars par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au pouvoir depuis la démission de Moubarak, alors que de grandes manifestations continuaient d'agiter la place Tahrir au Caire.

Agé de 70 ans, M. Shafiq avait bâti sa campagne électorale autour d'une image d'homme fort soucieux de stabiliser le pays, promettant de rétablir rapidement la loi et l'ordre et mettant en garde contre des Frères musulmans soupçonnés de vouloir établir des règles religieuses trop strictes. Après le premier tour, il avait tenté de se débarrasser de l'étiquette de candidat de l'ancien régime en vantant la "glorieuse révolution" égyptienne.

La victoire de Mohammed Morsi ne met pas fin au bras de fer entre les Frères musulmans, principale force politique du pays, et les militaires.

Le CSFA avait certes réaffirmé la semaine dernière son engagement à transmettre le pouvoir d'ici le 30 juin, comme prévu, au président élu. Mais il a rendu public le 17 juin, juste après la fermeture des bureaux de vote, une déclaration constitutionnelle par intérim limitant les prérogatives du nouveau chef de l'Etat. La rédaction de la future Constitution serait en outre confiée à une commission nommée par les généraux.

Les militaires ont déjà repris le pouvoir législatif après la dissolution le 14 juin du Parlement par le Conseil suprême constitutionnel, qui a entraîné la disparition de l'Assemblée constituante. Les Frères musulmans se sont retrouvés ainsi sans représentation parlementaire, eux qui avaient obtenu près de la moitié des sièges de députés.

La confrérie islamiste, avec d'autres responsables de l'opposition, a dénoncé "un coup d'Etat contre le processus (de transition) démocratique". AP

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