Le candidat des Frères musulmans déclaré vainqueur

Ahmed Shafiq, Mohammed Morsi. The Associated Press

LE CAIRE, Égypte - Le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi, a été officiellement proclamé le vainqueur de la première élection présidentielle libre d'Égypte dimanche, une nouvelle que le principal intéressé a accueillie en se présentant comme le leader de tous les Égyptiens même s'il devra vraisembablement lutter pour le pouvoir avec le conseil militaire qui dirige actuellement le pays.

L'annonce par la Commission électorale égyptienne a donné lieu à maintes manifestations de joie sur la mythique place Tahrir au Caire, berceau du soulèvement populaire qui a causé la chute de l'ancien président Hosni Moubarak il y a 16 mois, où des dizaines de milliers de partisans de M. Morsi ont chanté et dansé malgré la chaleur suffocante.

Selon la commission électorale, M. Morsi a récolté 51,7 pour cent des voix lors du deuxième tour contre 48,3 pour cent pour M. Shafiq, un ancien colonel des forces aériennes qui était perçu comme le favori du conseil militaire qui a pris le pouvoir après le départ de Hosni Moubarak.

Il s'agit d'une victoire surprenante pour les Frères musulmans, une organisation déclarée illégale sous le règne de Moubarak. Mais les jeunes militants libéraux et laïcs qui étaient à la tête du soulèvement de 2011 se demandent maintenant si l'Égypte a fait un pas en direction d'un État islamiste répressif ou d'un nouveau partage des pouvoirs entre Mohammed Morsi et les militaires.

La nouvelle a mis fin à une semaine de tensions politiques dans les rues après que les autorités eurent repoussé la divulgation des résultats du deuxième tour de l'élection présidentielle, qui s'est tenu les 16 et 17 juin, opposant Mohammed Morsi et l'ancien premier ministre de Moubarak, Ahmed Shafiq.

Des chars d'assaut et d'autres équipements militaires avaient été déployés partout à travers le pays, particulièrement à l'extérieur des édifices publics, en prévision d'éventuels actes de violence comme dans les premiers jours de la révolution menée l'an dernier.

Le président américain, Barack Obama, a téléphoné à M. Morsi, qui a fait ses études aux États-Unis, afin de le féliciter et de l'assurer de son appui à la transition de l'Égypte vers la démocratie. Selon la Maison-Blanche, le nouveau président égyptien a apprécié le geste et le soutien de M. Obama.

Israël a fait preuve de plus de réserve, le premier ministre Benyamin Nétanyahou disant respecter les résultats des élections démocratiques de l'Égypte et espérer que le traité de paix entre les deux pays resterait intact. À Gaza, des résidants en liesse sont descendus dans les rues, tirant des coups de feu en l'air et distribuant des bonbons.

Prenant la parole sur les ondes de la télévision égyptienne dimanche soir, Mohammed Morsi a déclaré qu'il avait un message de paix et qu'il respecterait tous les accords internationaux. Il n'a pas mentionné Israël, mais sa remarque semblait indiquer qu'il ne toucherait pas au traité.

Dans son discours dimanche, M. Morsi s'est toutefois fait rassurant, soutenant qu'il était le président de tous les Égyptiens et tendant la main aux activistes libéraux en rendant hommage aux quelque 900 manifestants tués durant la révolution.

«Je ne serais pas ici devant vous en tant que premier président élu sans le sang, les larmes et les sacrifices des martyrs», a déclaré l'ingénieur de 60 ans, qui a aussi été professeur et parlementaire.

L'élection de Mohammed Morsi ne met pas fin au bras de fer entre les Frères musulmans, principale force politique du pays, et les militaires.

Le conseil militaire avait certes réaffirmé la semaine dernière son engagement à transmettre le pouvoir d'ici le 30 juin, comme prévu, au président élu. Mais il a rendu public le 17 juin, juste après la fermeture des bureaux de vote, une déclaration constitutionnelle par intérim limitant les prérogatives du nouveau chef de l'État. La rédaction de la future constitution serait en outre confiée à une commission nommée par les généraux.

Les militaires ont déjà repris le pouvoir législatif après la dissolution le 14 juin du Parlement par le Conseil suprême constitutionnel, qui a entraîné la disparition de l'Assemblée constituante. Les Frères musulmans se sont retrouvés ainsi sans représentation parlementaire, eux qui avaient obtenu près de la moitié des sièges de députés.

La confrérie islamiste, avec d'autres membres de l'opposition, a dénoncé un coup d'État contre le processus de transition démocratique.