Des écoliers sud-africains brandissent des pancartes pour souhaite un joyeux anniversaire à Madiba, le surnom de Nelson Mandela, le 18 juillet 2012 à Soweto

L'Afrique du Sud a souhaité mercredi un joyeux 94e anniversaire à son héros Nelson Mandela, chacun étant invité à multiplier les bonnes actions en hommage au premier président noir du pays.

Les festivités ont commencé dans toutes les écoles d'Afrique du Sud, où plus de 12 millions d'enfants ont chanté un "Joyeux anniversaire" doublé par un "We love you Tata" ("nous t'aimons papa") avant d'entrer en classe.

La Fondation Mandela, le gouvernement et plusieurs médias avaient invité tous les Sud-Africains à faire de même, l'idée étant de battre le record du plus grand choeur du monde, avec 20 millions de chanteurs.

A l'initiative de la Fondation, le 18 juillet est devenu le "Mandela Day" (Journée Mandela), une journée reconnue par l'ONU comme un appel mondial à consacrer 67 minutes de son temps à aider ses semblables, conformément aux valeurs défendues par l'icône de la lutte contre l'apartheid.

Ces 67 minutes passées à repeindre une école, nettoyer un parc ou aider les pensionnaires d'un hospice représentent les années qu'il a consacrées à son combat politique.

Un syndicat de fonctionnaires a suggéré que la journée soit fériée pour que les gens puissent donner davantage.

Donnant l'exemple, la chef de l'opposition Helen Zille a suivi une patrouille de nuit dans un quartier terrorisé par des gangs au Cap, tandis que le petit-fils de Mandela, Mandla, a conduit un groupe de personnalités locales qui ont apporté fauteuils roulants, livres et couvertures aux habitants de Mvezo (sud-est), le village natal du grand homme, et ont planté des arbres.

Alors qu'une banderole était déployée par des enfants au départ de l'étape du jour du Tour de France, les messages de voeux se sont multipliés, d'Afrique du Sud et de l'étranger.

Une équipe franco-allemande a ainsi baptisé en l'honneur de l'ancien président "Australopicus Nelsonmandelai" le fossile d'un oiseau préhistorique qu'elle vient de découvrir.

Le président américain Barack Obama et son épouse Michelle ont salué la "volonté de fer", l'"intégrité sans faille" et l'"humilité" de celui que tous les Sud-Africains appellent affectueusement "Madiba", de son nom de clan.

Les hommages tournaient parfois à l'idolatrie, à l'image de Tokyo Sexwale, un poids lourd du gouvernement: "En tant que Sud-Africains, nous devrions nous considérer comme le peuple le plus chanceux du monde pour vivre dans le même pays, respirer le même air, et être sous le même ciel, le même beau soleil que Nelson Mandela aujourd'hui.

"Il va bien et il plaisante"

Mais tandis que l'Afrique du Sud célébrait celui qui, pour beaucoup, lui a évité une guerre civile et incarne le rêve d'un pays multiracial, des éditorialistes, hommes politiques et vétérans de la lutte anti-apartheid observaient que l'action actuelle de l'ANC, le parti de Mandela, s'écartait de ses idéaux.

Lors d'un colloque en l'honneur de Mandela, Frank Chikane, un vétéran du combat pour la conscience noire, a ainsi rendu hommage au grand homme, en critiquant le parti au pouvoir depuis 1994, jugé corrompu.

"C'était un style de leadership qui n'était pas à vendre. Les gens étaient prêts à mourir. Il n'y avait pas de marchés publics, pas de maison, pas de belles voitures. Mais aujourd'hui, jeunes ou vieux, les cadres (de l'ANC) se battent pour le pouvoir et le contrôle des appels d'offres", a-t-il jugé.

L'archevêque sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix comme Mandela, a de son côté saisi l'occasion pour critiquer le piètre état des écoles en Afrique du Sud, déclarant que "s'il (Mandela) savait ce qui se passe, il en pleurerait".

Des esprits critiques se sont en outre étonné dans des émissions de libre antenne à la radio de devoir repeindre des écoles alors qu'ils paient des impôts pour ça.

Nelson Mandela lui-même a fêté son anniversaire en famille dans sa résidence de Qunu (sud-est), le village de son enfance où il réside la plupart du temps. Avec des tripes au menu.

Aucune apparition publique n'était prévue en raison de sa santé fragile.

"Il va bien et il plaisante, il est fidèle à lui-même", a indiqué Tukwini, sa petite-fille, à CNN.

Alors que les photos de lui se sont raréfiées, son portrait faisait la Une mercredi de tous les journaux sud-africains, pris la veille lors d'une visite de l'ancien président américain Bill Clinton: le héros national avait effectivement l'air en bonne forme.

© 2012 AFP