François Hollande (g), le Premier ministre belge Elio Di Rupo (c) et le président de la banque centrale européenne Mario Draghi (g), à Bruxelles le 29 juin 2012

L'accord surprise des dirigeants de la zone euro vendredi au terme d'une nuit de discussions parfois tendues, a immédiatement soulagé l'Italie et l'Espagne, et apporté l'espoir d'une accalmie à la crise de l'euro.

A l'aube, le président de l'UE Herman Van Rompuy a salué vendredi une "réelle avancée" pour calmer les marchés financiers et réformer la zone euro pour tenter de sauver la monnaie unique.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui a dû plier face à Mario Monti et Mariano Rajoy, s'est dite satisfaite des compromis trouvés pour aider les pays en difficulté, mais sans déroger à sa ligne. "Je pense que nous avons réalisé quelque chose d'important, mais nous sommes restés fidèles à notre philosophie: aucune prestation sans contrepartie", a-t-elle déclaré.

Le président français, François Hollande, s'est réjoui des "effets heureux" des mesures décidées dans la nuit de jeudi à vendredi.

Les places boursières européennes ont signé une de leurs plus belles séances de l'année, avec des hausses de 5,66% à Madrid et de 6,59% à Milan.

"La possibilité d'utiliser à l'avenir" les fonds de secours européens "pour une recapitalisation directe des banques, que la Banque centrale européenne défendait depuis longtemps, est un bon résultat", a déclaré son président, Mario Draghi, en marge du sommet de Bruxelles.

Cet élargissement du rôle des deux fonds répond à une demande forte de l'Italie et surtout de l'Espagne, qui cherchait à éviter que le plan de sauvetage de ses banques n'alourdisse sa dette publique au point de la rendre insoutenable.

La zone euro est également prête à faire un usage plus "souple" des fonds de secours afin de "rassurer les marchés et d'obtenir de la stabilité sur les obligations souveraines de ses membres", a expliqué M. Van Rompuy. Une façon d'indiquer que le FESF et le MES pourraient acheter directement des titres de dette de pays fragiles sur les marchés.

Ces mesures de stabilisation financière se heurtaient jusqu'ici à l'opposition de plusieurs pays, en particulier de l'Allemagne.

M. Monti, qui jugeait que l'Italie pâtissait injustement de taux d'intérêts très élevés alors même qu'elle avait fait le nécessaire en matière d'efforts budgétaires et de réformes structurelles, a salué un accord "très important pour l'avenir de l'Union européenne et de la zone euro".

Comme espéré par Madrid et Rome, le sommet a calmé le marché de la dette. Les taux d'emprunt de l'Espagne repassaient vendredi sous les 6,3%, contre près de 7% jeudi, et les rendements italiens sous les 6%.

Mais l'Allemagne elle aussi y trouve des sujets de satisfaction, puisque, comme elle le souhaitait, un mécanisme unique de supervision financière sera établi, dans lequel la BCE aura un rôle à jouer.

Les décisions prises à Bruxelles ont été aussi un soulagement dans le monde, où l'on s'inquiète des conséquences du marasme européen. La Maison Blanche a ainsi jugé l'accord "encourageant".

"Le sommet est un franc succès. Il va très clairement dans le bon sens car il met enfin en place des outils efficaces sur la durée", s'est félicité René Defossez, stratégiste obligataire chez Natixis.

Pour obtenir les mesures qu'ils souhaitaient, Italiens et Espagnols avaient menacé de ne pas signer un ensemble de mesures pourtant consensuelles en faveur de la croissance. Nombre de leurs homologues européens ont eu le sentiment d'être pris en "otages", a estimé une source européenne.

Ce pacte pour la croissance et l'emploi, auquel ils se sont finalement ralliés après avoir obtenu satisfaction sur les mesures immédiates qu'ils réclamaient, consistera à injecter 120 milliards d'euros dans des projets d'avenir.

A plus long terme, M. Van Rompuy a aussi annoncé que les dirigeants de la zone euro avaient donné leur feu vert à une feuille de route dans le but de renforcer l'union économique et monétaire.

Ce renforcement s'appuierait sur "quatre piliers": financier avec une union bancaire, budgétaire avec un contrôle des budgets nationaux, économique et politique avec un renforcement du contrôle démocratique. De premières propositions en ce sens seront présentées en octobre, a-t-il dit.

M. Hollande a annoncé vendredi, à la fin du sommet qu'il allait soumettre "rapidement" au Parlement français pour ratification "toutes les décisions" adoptées au sommet européen de Bruxelles, y compris le pacte budgétaire européen.

Ce sommet que M. Van Rompuy a qualifié de "difficile" mais "fructueux", a aussi débouché sur un accord permettant la création d'un brevet unique européen, un dossier qui traînait depuis 30 ans, et, sur le plan diplomatique, il a permis de lancer les négociations d'adhésion à l'UE avec le Monténégro.

En revanche, le sujet de la succession du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la tête de l'Eurogroupe a été remis à début juillet.

© 2012 AFP