La Turquie fortifie sa frontière avec la Syrie

The Associated Press

BEYROUTH - La Turquie a déployé jeudi des canons antiaériens et d'autres armes le long de sa frontière avec la Syrie, une intensification militaire qui intervient dans un contexte de tensions entre les deux pays.

Dans la capitale syrienne, une bombe a explosé près du principal palais de justice du pays, blessant au moins trois personnes, endommageant des voitures garées et projetant un grand nuage de fumée noire dans le ciel de la ville. L'explosion n'a pas été revendiquée.

La Turquie, autrefois alliée de la Syrie, est devenue l'un des pays les plus critiques du régime de Bachar el-Assad depuis qu'un avion militaire turc a été abattu par les forces syriennes vendredi dernier.

Une petit convoi de camions militaires transportant des canons antiaériens est entré dans un avant-poste militaire du village frontalier de Guvecci, en face d'un avant-poste militaire syrien situé de l'autre côté de la frontière, selon des images diffusées par la chaîne de télévision turque TRT.

Plusieurs canons antiaériens ont aussi été déployés sur d'autres sites le long de la frontière. Certains camions ont été vus en train de transporter des systèmes de lance-roquettes multiples.

Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait prévenu mardi que toute unité syrienne approchant de la frontière serait considérée comme une menace directe.

Les relations entre la Turquie et la Syrie n'ont jamais été aussi mauvaises depuis la fin des années 1990, quand les deux pays ont presque failli entrer en guerre. À l'époque, la Turquie développait des relations militaires avec Israël, tandis que la Syrie hébergeait le chef de la guérilla kurde, Abdullah Öcalan.

Aujourd'hui, la Turquie abrite sur son sol des groupes de l'opposition civile syrienne, ainsi que des centaines de déserteurs de l'armée affiliés à l'Armée libre de Syrie.

La Syrie maintient que l'avion militaire turc abattu le 22 juin avait violé son espace aérien. La Turquie affirme de son côté que l'avion s'est égaré par erreur dans l'espace aérien syrien et qu'il se trouvait dans l'espace aérien international quand il a été abattu au-dessus de la Méditerranée.

Les recherches pour retrouver les deux pilotes disparus se poursuivent dans les eaux territoriales syriennes, mais les chances de les retrouver vivants sont minces, ont indiqué les autorités turques. Les secouristes ont retrouvé certaines parties de l'avion et de l'équipement appartenant aux pilotes.

La télévision publique syrienne a affirmé jeudi que l'explosion près du palais de justice de Damas était survenue vers 13 h. Le complexe judiciaire, qui abrite plusieurs tribunaux, est situé près du marché d'Hamidiyeh, très fréquenté le jeudi par les Damascènes.

Des témoins ont affirmé avoir entendu une explosion, mais la télévision publique a affirmé qu'il y en avait eu deux. Les autorités ont déclaré avoir retrouvé une bombe placée en bordure de route qui n'a pas explosé.

Un journaliste de l'Associated Press présent sur les lieux a rapporté avoir vu plusieurs véhicules calcinés.

«Je n'ai pas vu de blessés, mais les voitures et les commerces à proximité ont été endommagés», a dit Fawaz Mishhim, qui se trouvait dans le marché quand il a entendu l'explosion.

Le gouvernement syrien a attribué l'attaque à des «terroristes», le terme utilisé pour désigner les rebelles. Les autorités empêchent les journalistes de faire leur travail de façon indépendante, ce qui rend difficile la confirmation des faits.

Sur le plan diplomatique, une réunion du «groupe d'action» sur la Syrie doit avoir lieu samedi à Genève, mais peu d'observateurs pensent qu'elle aboutira à des avancées majeures. La Syrie a le soutien la Russie, qui bénéficie d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU, et qui a été jusqu'à présent imperméable aux pressions internationales.

À Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré jeudi que son pays ne soutiendrait pas les appels au départ de Bachar el-Assad et à la formation d'un gouvernement d'union nationale en Syrie.

«Nous ne soutenons pas et nous ne soutiendrons pas une ingérence externe», a-t-il déclaré. «Les protagonistes extérieurs ne doivent pas imposer leur volonté (...) aux Syriens, mais avant tout s'employer à influer sur toutes les parties en Syrie pour mettre fin aux violences.»

Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a par ailleurs déclaré jeudi que le nombre de réfugiés fuyant les violences en Syrie pourrait doubler pour atteindre les 185 000 d'ici la fin de l'année. Le nombre de réfugiés en provenance de Syrie a déjà été multiplié par deux depuis le mois de mars pour s'établir à 96 000, selon le HCR.