- La Tunisie extrade l'ex-premier ministre libyen Bagdadi Mahmoudi

L'ancien premier ministre libyen Bagdadi Mahmoudi a été extradé dimanche matin vers la Libye. Chef du gouvernement jusqu'aux derniers jours du régime de Mouammar Kadhafi, celui qui faisait l'objet d'un mandat de comparution des autorités libyennes est notamment accusé dans son pays d'avoir ordonné des viols de femmes de la région de Zouara.

M. Mahmoudi avait été arrêté en Tunisie le 21 septembre 2011 près de la frontière algérienne et condamné à six mois de prison pour « entrée illégale » sur le territoire, avant d'être acquitté.

Incarcéré à la prison de Mornag, près de Tunis, il avait toutefois été maintenu en cellule dans l'attente d'une décision concernant la demande d'extradition des autorités judiciaires libyennes. La chambre d'accusation près la cour d'appel de Tunis avait approuvé en novembre 2011 la demande des autorités de Tripoli.

On indiquait de source gouvernementale que M. Mahmoudi avait quitté dimanche à 10 h 20, heure locale, l'aéroport militaire d'El Aouina, près de Tunis, à bord d'un avion spécial libyen. Il était accompagné de l'actuel chef d'état-major de l'armée libyenne, Youssef Mangouch, précisait-on de même source sous le couvert de l'anonymat.

Joint par l'Associated Press, un conseiller de la présidence tunisienne ayant requis l'anonymat a confirmé l'information. « Officiellement, nous n'avons connaissance d'aucune décision dans ce sens et le président de la République n'a signé aucun document autorisant l'extradition » de M. Mahmoudi, a toutefois indiqué le porte-parole officiel de la présidence, Adnène Mancer.

Ce dernier a contesté « à quiconque de parler au nom de la présidence ou de donner des informations en son nom ». « Je suis le seul habilité à le faire », a-t-il insisté. Selon lui, « si cette information s'avérait juste, elle provoquerait une crise politique au sein des autorités politiques et engendrerait d'énormes conséquences ».

Depuis les élections d'octobre 2011, le pays est gouverné par les dirigeants des trois partis vainqueurs du scrutin : l'islamiste Hamadi Jebali, chef du gouvernement, le militant des droits de l'homme Moncef Marzouki, chef de l'État, et Mustapha Ben Jaâfar, président de l'Assemblée nationale constituante (ANC). MM. Marzouki et Ben Jaâfar sont à la tête de deux partis de centre gauche : le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés).

En dépit d'un « accord de principe » pour l'extradition de M. Mahmoudi, des divergences opposaient la présidence et le gouvernement, notamment sur le moment et les circonstances de son extradition vers Tripoli. M. Marzouki exigeait ainsi des garanties pour le respect de l'intégrité physique de M. Mahmoudi et un procès équitable. Une mission tunisienne s'était rendue récemment en Libye pour s'en assurer. Les conclusions de cette mission n'ont cependant pas été rendues publiques.

Associated Press