Rencontre à Athènes du dirigeant socialiste Evangélos Vénizélos (d) et du chef de la gauche modérée Fotis Kouvelis, le 19 juin 2012

La Grèce espère le succès des tractations qui se poursuivent pour la deuxième journée consécutive afin de former un gouvernement de coalition, à temps pour une réunion de l'Eurogroupe qui doit examiner jeudi les moyens de maintenir la perfusion financière au pays.

Un accord semblait possible dans la journée, selon les déclarations de plusieurs responsables politiques, soucieux que la "crédibilité" du pays ne soit pas mise en danger par des tractations byzantines au moment où il reste au bord du précipice et risque d'être lâché par des partenaires à bout de patience en cas de nouvelle impasse politique.

Le dirigeant conservateur Antonis Samaras, qui a remporté l'élection législative de dimanche mais sans majorité absolue, est contraint de trouver un accord politique avec d'autres partis pour pouvoir gouverner.

Le dirigeant socialiste Evangélos Vénizélos et le chef de la gauche modérée Fotis Kouvelis sont convenus mardi "d'accélérer les procédures" après une rencontre dans la matinée.

"La Grèce doit et va avoir un gouvernement le plus vite possible", a déclaré M. Vénizélos, s'affirmant "optimiste".

M. Kouvelis a aussi jugé possible un règlement "dans les prochaines heures" mais réitéré son exigence "d'un accord sur le programme" du futur gouvernement.

Convaincre la gauche modérée

Au coeur du débat, cette plate-forme politique commune doit servir de base pour négocier face à la troîka des créanciers du pays (UE-BCE-FMI). Tous les possibles partenaires gouvernementaux souhaitent en effet assouplir le "mémorandum" très rigide imposé au pays et qui a conduit à un abaissement brutal du niveau de vie des Grecs.

Privée de l'arme de la dévaluation en raison de son appartenance à l'euro, la Grèce en crise a été contrainte de lancer une sorte de "dévaluation intérieure" pour faire baisser les coûts de production. Mais axée sur les baisses de salaires et combinée à une rafale d'impôts, l'opération a surtout réussi à amplifier la récession sans qu'aucun signe de reprise ne se manifeste.

M. Samaras plaide depuis longtemps pour des abaissements de taxation afin que l'activité des entreprises, asphyxiée par la crise, puisse repartir. A gauche, l'accent est plutôt mis sur un retour à la régulation du marché du travail, et le soutien aux salaires.

Ces mesures s'inscriraient de toutes façons dans un compromis plus global avec les Européens et le FMI. A en croire les engagements pré-électoraux, la future équipe se prépare à demander un report jusqu'en 2016 au lieu de 2014 pour réaliser l'assainissement budgétaire demandé à la Grèce.

M. Samaras, tout comme son partenaire pressenti, M. Vénizélos, espèrent par ailleurs tous deux convaincre M. Kouvelis d'apporter une caution de gauche au nouvel exécutif, qui sera chargé de définir et mettre en musique cette politique en accord avec les créanciers afin d'assurer son maintien dans l'euro.

Mardi, un député de ce petit parti pivot, qui a envoyé 16 élus au Parlement dimanche, a fait valoir qu'il serait "souhaitable de ne pas avoir des personnes qui avaient des postes gouvernementaux" dans les précédents gouvernements conservateur et socialiste, "pour marquer le changement de la politique" fortement réclamé par les Grecs dans les urnes.

Dans un éditorial, le quotidien libéral Kathimerini plaide aussi pour un gouvernement fort dirigé par des personnalités non politique, qui n'auraient pas peur de payer le prix de décisions impopulaires afin non seulement de négocier avec les Européens mais aussi de s'attaquer aux problèmes endémiques du pays dans l'énergie, l'éducation, la santé et la justice.

Mais pour une telle solution, il faudrait que M. Samaras renonce à être Premier ministre.

"On ne peut pas avoir toujours les mêmes au pouvoir! Il faut qu'on essaie quelque chose de différent, que l'on s'attaque à la corruption", a lancé mardi Maria, étudiante, interrogée dans la rue.

Manolos Fitros, vendeur, préférait, lui, rester "optimiste" : "Je crois qu'ils vont réussir à dépasser les problèmes de la Grèce et à former enfin un gouvernement".

© 2012 AFP