- La gauche française espère une majorité forte aux législatives

Un peu plus d'un mois après la victoire de François Hollande, les Français sont de nouveau appelés aux urnes dimanche pour le premier tour des élections législatives.

Le Parti socialiste (PS) lance un appel à offrir au président la majorité la plus « forte » et « cohérente » possible, quand l'Union pour un mouvement populaire (UMP) tente de mobiliser la droite pour contrer son programme et éviter « l'irréparable ». L'une des inconnues du scrutin reste le score du Front national qui espère faire son grand retour à l'Assemblée.

Plus de 46 millions d'électeurs sont appelés à élire les 577 députés de l'Assemblée nationale, parmi lesquels 539 pour les départements de la métropole, 19 pour ceux de l'outre-mer et, pour la première fois, 11 pour les Français établis à l'étranger, une nouveauté introduite par la réforme constitutionnelle de juillet 2008.

Une majorité confortable pour le président Hollande

Dès l'élection de François Hollande le 6 mai dernier, le Parti socialiste avait commencé à battre le rappel des électeurs pour « amplifier » ce résultat aux législatives. Les Français ne voudraient pas d'un président « impuissant », avait souligné Pierre Moscovici, désormais ministre de l'Économie.

Au côté de Martine Aubry jeudi soir à Lille, le premier ministre Jean-Marc Ayrault en a de nouveau appelé au « bon sens » politique des Français, demandant « encore un effort pour que nous puissions ensemble réussir le changement et redresser le pays dans la justice ».

« Il faut encore un coup de collier pour que le premier ministre puisse faire voter des lois », a renchéri la patronne du PS. Elle s'est félicitée des « engagements déjà tenus en si peu de temps », comme sur la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, projet présenté mercredi en conseil des ministres.

« Nous n'avons rien à craindre sauf la démobilisation », a assuré Martine Aubry, appelant à donner au chef de l'État une majorité « la plus forte et la plus cohérente qui soit ». Le groupe socialiste comptait 195 membres et apparentés dans l'assemblée sortante.

En cas de victoire de la gauche, il restera à savoir si le PS obtient ou non la majorité absolue de 289 sièges et dans quelle mesure il aura besoin de s'appuyer sur ses alliés d'Europe Écologie-Les Verts et sur le Front de gauche. Il n'a pu conclure d'accord électoral avec ce dernier pour présenter des candidats communs dans les circonscriptions « à risque FN ».

Si la gauche l'emporte à l'Assemblée nationale, après sa victoire historique au Sénat en septembre dernier, elle dominera pour la première fois de la Ve République les deux chambres du Parlement. François Hollande bénéficiera d'une majorité à tous les niveaux, puisque la gauche est aussi largement majoritaire dans les régions depuis les élections de 2010.

Tiraillé, l'UMP veut empêcher Hollande d'appliquer son programme

L'UMP, majoritaire dans l'Assemblée sortante avec 304 députés et apparentés, se fait fort de dénoncer une concentration des pouvoirs. En pleine aggravation de la crise dans la zone euro, le parti appelle les électeurs à empêcher François Hollande d'appliquer son programme, tout en se gardant de prononcer le mot « cohabitation ».

« La question qu'il faut se poser n'est pas institutionnelle », assure Jean-François Copé. Il s'agit pour les Français d'empêcher l'irréparable : ce que François Hollande pourrait mettre en oeuvre s'il avait tous les pouvoirs », expliquait le secrétaire général de l'UMP vendredi dans Direct matin . « Je pense à l'accumulation des déficits avec les cadeaux électoraux non financés, comme le retour à la retraite à 60 ans », a-t-il ajouté. L'UMP a aussi dernièrement concentré ses attaques sur les alliés du PS, fustigeant notamment le soutien de la ministre verte Cécile Duflot à la légalisation du cannabis.

Au lendemain de la défaite, l'UMP s'est efforcée d'afficher son unité, sans parvenir à dissimuler les premiers tiraillements d'une guerre des chefs qui s'annonce. Nicolas Sarkozy désormais en retrait, l'UMP est privée d'un « leader naturel », avait ainsi lâché fin mai François Fillon, candidat aux législatives à Paris et déjà prêt à s'engager dans la « compétition » contre Jean-François Copé.

Optimisme au Front national

L'UMP reste aussi menacée par le Front national, qui rêve de provoquer son implosion. Au soir du 22 avril, Marine Le Pen, forte de sa troisième place au premier tour de la présidentielle, présentait déjà le parti d'extrême droite comme « la seule et véritable opposition à la gauche ».

Avec son Rassemblement bleu marine, qui a investi 571 candidats, elle compte bien faire entrer des députés frontistes au palais Bourbon pour la première fois depuis 15 ans. Le FN n'y a pas siégé depuis l'élection de Jean-Marie Le Chevallier dans le Var en 1997, qui avait été annulée l'année suivante par le Conseil constitutionnel pour des irrégularités dans le financement de sa campagne.

Le parti, qui souffre toujours du mode de scrutin, se garde d'avancer des chiffres. Ce n'est qu'à la faveur de la proportionnelle qu'il avait pu remporter 35 sièges en mars 1986.

« Je pense qu'on aura des élus », estimait fin mai le porte-parole du FN Florian Philippot, s'appuyant sur les 17,9 % de Marine Le Pen au premier tour. « Si les 6 400 000 électeurs de Marine Le Pen se mobilisent, alors on aura beaucoup d'élus »

L'une des grandes inconnues reste le nombre de triangulaires que le FN pourra provoquer pour le second tour du 17 juin. Officiellement, il espère pouvoir maintenir ses candidats au second tour des législatives dans 150 à 200 circonscriptions. Pour se maintenir, un candidat doit atteindre un nombre de suffrages équivalent à au moins 12,5 % des inscrits.

La présidente du parti est aujourd'hui candidate à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche, est venu la défier, poursuivant leur affrontement du premier tour de la présidentielle.

En cas de triangulaires, le PS a clairement donné pour instruction de faire barrage au parti d'extrême droite, tandis que l'UMP a esquivé la question en assurant qu'elle maintiendrait de toute façon ses propres candidats.

Associated Press