International - Tunisie : Ben Ali condamné à la prison à vie

L'ex-président de la Tunisie Zine el-Abidine Ben Ali a été condamné par contumace, mercredi, à perpétuité « pour son rôle dans la sanglante répression » dans les villes de Thala et de Kasserine » où plusieurs civils sont morts en janvier 2011.

Son ancien ministre de l'Intérieur écope d'une peine de 12 ans de prison, mais le chef de la sécurité présidentielle à l'époque de Ben Ali, Ali Seriati, a été acquitté.

Un peu plus tôt mercredi, le président déchu avait été condamné à 20 ans de prison pour « incitation au désordre, meurtres et pillages sur le territoire tunisien » durant la « révolution de jasmin » qui a mené à sa chute.

Ce verdict a été rendu dans ce qui est appelé l'affaire de Ouardanine, relativement à la mort de quatre jeunes qui avaient été tués par balle en tentant de s'opposer à la fuite de Kaïs Ben Ali, le neveu de l'ancien président.

Ces violences sont survenues dans la nuit du 15 au 16 janvier 2011 à Ouardanine, localité relevant du gouvernorat (préfecture) de Sousse, au lendemain de la fuite de Ben Ali en Arabie saoudite.

En plus des quatre morts, plusieurs autres personnes avaient été blessées. Les familles des victimes ont ensuite accusé des membres des forces de l'ordre d'avoir ordonné de tirer sur les manifestants.

Une quinzaine d'agents des forces de sécurité tunisienne qui étaient également poursuivis dans cette affaire ont été condamnés à des peines allant de 5 à 10 ans de prison, selon ce que rapporte l'agence officielle de presse tunisienne (TAP).

Le soulèvement populaire qui a mené à la chute de Ben Ali en 2011 est né après qu'un jeune marchand de fruits et de légumes se fut immolé par le feu à Sidi Bouzid pour dénoncer les conditions de vie économiques et sociales dans le pays. Selon l'ONU, quelque 300 personnes sont mortes lors des manifestations qui ont suivi et 700 autres ont été blessées.

La Tunisie aura ouvert la voie au printemps arabe, mais aura aussi été la pionnière en organisant les premières élections libres postrévolution. La révolution du jasmin aura inspiré les autres pays comme l'Égypte, le Yémen, la Syrie et la Jordanie à descendre dans les rues pour réclamer la chute du pouvoir en place.

Zine el-Abidine Ben Ali en bref

Né le 3 septembre 1936 à Hamam Sousse

Il occupe plusieurs postes au sein de l'armée et de la police, dont il devient le patron en 1978.

En 1985, il fait son entrée au gouvernement et devient ministre de l'Intérieur.

En 1987, il dépose le président Habib Bourguiba, que les médecins déclarent incapable d'assumer ses fonctions. Ben Ali succède à Bourguiba.

En 1989, il est élu avec 99,27 % des voix.

Il sera réélu en 1994 avec à 99,91 % des voix.

Il sera également reconduit à la tête de l'État en 1999 avec 99,45 % des suffrages, alors que la loi permet à l'opposition de présenter des candidats.

Le même scénario se répète en 2009, lorsqu'il est réélu avec 89,62 % des voix.

À la tête du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et d'un régime autoritaire, soutenu par certains pays occidentaux, Zine el-Abidine Ben Ali règne sans partage. Les organisations des droits de l'homme dénoncent sa politique de répression envers ses opposants et les multiples atteintes à la liberté de presse.

Sous son administration, la corruption se généralise, notamment avec l'hégémonie de ses proches.

Des émeutes éclatent en novembre et dureront cinq semaines, au bout desquelles Ben Ali prend la fuite avec son épouse pour se réfugier en Arabie saoudite le 14 janvier 2011, après avoir régné sur le pays pendant 23 ans.

Radio-Canada.ca avec AFP et Reuters