Le criminel de guerre nazi hongrois Laszlo Csatary au tribunal de Budapest le 18 juillet 2012

Le criminel de guerre nazi hongrois Laszlo Csatary, âgé de 97 ans, a été arrêté mercredi par la police à Budapest et "assigné à résidence", la justice hongroise passant à l'action après avoir été alertée il y a déjà dix mois sur le passé du suspect par le Centre Simon-Wiesenthal, basé à Jérusalem.

Il "a été arrêté" à l'aube par la police, a annoncé le Parquet de la capitale hongroise dans un communiqué. L'arrestation a eu lieu non pas dans un de ses deux appartements de la capitale connus de la presse, mais dans un troisième, a précisé le Procureur de Budapest, Tibor Ibolya, au cours d'une conférence de presse.

Csatary plaide "non-coupable", "assigné à résidence"

Laszlo Csatary, de son nom complet Laszlo Csizsik-Csatary, accusé d'avoir participé à la déportation de quelque 15.700 juifs du ghetto de la ville slovaque de Kosice vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz, en Pologne, "plaide non-coupable": "Il a nié être coupable des crimes qu'on lui reproche. L'un de ses arguments de défense est qu'il a obéi aux ordres", a indiqué Tibor Ibolya.

Il a été interrogé par un magistrat militaire sur la base d'un éventuel chef d'accusation de "crimes de guerre" et "assigné à résidence pour 30 jours" à Budapest, a annoncé son avocat, Gabor Horvath. Il pourrait être inculpé pour "crimes de guerre" à l'issue de ses auditions, a estimé le Procureur.

A la sortie du Tribunal militaire de Budapest, vêtu d'une veste grise et tenant un sac de plastique à la main, Laszlo Csatary semblait en bonne forme et ne paraissait pas ses 97 ans. Il est monté dans une voiture, accompagné de deux de ses proches qui étaient venus le chercher au tribunal.

"Compte tenu de la gravité des faits, mais aussi de la nécessité de respecter la présomption d'innocence et, en raison de son âge, de veiller à sa santé", "l'assignation à résidence paraît être une mesure appropriée", a fait valoir le Procureur. Cette mesure implique que "la police lui retire son passeport", a-t-il ajouté.

"Le suspect est en bonne santé physique et mentale. Il est coopératif. Il était surpris mais il s'attendait à être interrogé", a encore précisé le Procureur.

En avril, le Centre Simon-Wiesenthal, du nom du célèbre chasseur de nazis, juif autrichien décédé en 2005, et dont les enquêtes dans le monde entier ont permis de retrouver des dizaines de criminels nazis, avait placé Laszlo Csatary en tête de sa liste des criminels de guerre nazis les plus recherchés au monde.

Laszlo Csatary était le chef de la police du ghetto de Kosice (Kassa en hongrois, Kaschau en allemand), où 15.700 juifs avaient été pour certains assassinés et pour l'immense majorité déportés vers Auschwitz de 1941 à 1944 pendant l'occupation par l'Allemagne nazie et son allié hongrois de ce qui était alors la Tchécoslovaquie.

17 ans de jours tranquilles à Budapest

Laszlo Csatary coulait des jours tranquilles à Budapest depuis 17 ans sous sa véritable identité, et cela en dépit des informations sur son passé transmises à la justice hongroise depuis plus de dix mois par le Centre Simon-Wiesenthal.

D'après les documents d'archives du Centre, Laszlo Csatary a traité cruellement les juifs du ghetto, fouettant les femmes et leur faisant creuser des tranchées à mains nues.

Le 17 juillet, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, sans évoquer explicitement l'affaire Csatary, mais par référence à de nombreux incidents antisémites en Hongrie, s'était inquiété de la résurgence de l'antisémitisme lors d'une rencontre à Jérusalem avec le président hongrois Janos Ader.

Alimentés en informations par le Centre Simon-Wiesenthal, des reporters du quotidien britannique The Sun avaient retrouvé la trace de l'ancien chef de police et avaient réussi à le rencontrer. Selon l'article publié le 15 juillet sur le site en ligne du Sun, le criminel de guerre nazi avait déclaré aux reporters: "Je n'ai rien fait, partez d'ici", avant de leur claquer la porte au nez.

Depuis, Laszlo Csatary ne répondait plus aux coups de sonnette.

"La vieillesse pas une protection pour les auteurs de l'Holocauste"

"Le temps qui passe ne diminue en rien sa culpabilité et la vieillesse ne doit pas constituer une protection pour les auteurs de l'Holocauste", avait déclaré à l'AFP le 16 juillet Efraïm Zuroff, directeur du Centre Simon-Wiesenthal à Jérusalem.

Avant de revenir à Budapest, celui qui avait été condamné à mort par contumace en 1948 en Tchécoslovaquie, s'était réfugié au Canada, à Montréal et Toronto, où il avait acquis la nationalité canadienne et, sous une fausse identité, était marchand d'art. En 1995, les autorités canadiennes avaient découvert sa véritable identité et il s'était alors enfui en Hongrie avant d'être déchu de la nationalité canadienne. Avant sa fuite, il avait reconnu devant des enquêteurs canadiens sa participation à la déportation de juifs, tout en affirmant que son rôle avait été "limité".

© 2012 AFP