Une femme brandit un drapeau grec devant le Parlement à Athènes, avant un meeting du chef du parti conservateur Antonis Samaras le 15 juin 2012

Une renégociation du programme d'aide à la Grèce de 130 milliards d'euros du FMI et de l'Union européenne est à peu près inévitable quel que soit le résultat des élections de dimanche, selon des analystes, mais tout le monde devra faire des concessions.

Jusqu'à présent, le Fonds monétaire international et l'Allemagne, très influente dans la politique européenne envers la Grèce, insistent sur le fait que tout nouveau gouvernement devra respecter les promesses faites en mars.

Mais ils n'auront pas vraiment le choix, et devront de nouveau discuter avec Athènes, qui est déjà en retard sur ses engagements.

Les analystes soulignent qu'un ajustement du programme d'aide sera plus facile si c'est le parti conservateur de la Nouvelle Démocratie (ND), qui l'emporte: son patron Antonis Samaras s'est déjà engagé à respecter le programme prévu, sous réserve d'aménagements.

Mais la ND est au coude-à-coude avec le parti de gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras, qui vient de commencer à demander une renégociation du pacte après avoir appelé pendant des semaines à son abandon pur et simple.

Tout compromis forcera l'Europe à comparer le risque d'une sortie de l'euro de la Grèce contre celui d'une indulgence qui pourrait passer pour de la complaisance.

"La question, c'est de savoir si le nouveau gouvernement voudra négocier de bonne foi, et si l'Union européenne voudra toujours aider", résume l'ancien économise du FMI Simon Johnson, aujourd'hui professeur à l'université MIT. "Le FMI fera ce qu'il pourra, mais on commence à être à court d'options".

Jacob Kirkegaard, de l'institut Peterson sur l'économie internationale à Washington, estime probable qu'un accord sera trouvé quel que soit le résultat des élections.

"A mon avis même une victoire de Syriza ne va pas conduire la Grèce à quitter l'euro, ce qui reste toujours selon moi une probabilité très très faible", dit il: "la réalité, c'est qu'environ 70% des électeurs grecs sont toujours opposés à une sortie de l'euro".

Tant le FMI que les partenaires européens de l'Allemagne ont fait savoir qu'ils étaient favorable à un certain ajustement.

En tout état de cause c'est du côté européen que devront venir les compromis, souligne M. Kirkegaard, parce que le FMI a clairement dit en mars que ses conditions n'étaient plus négociables après que la Grèce eut déjà échoué à tenir ses engagements lors d'un premier programme.

"Ce sera probablement très difficile pour le FMI d'accepter une renégociation quel que soit le résultat de l'élection". Du côté des Européens en revanche, "ils peuvent faire à peu près tout ce qui est politiquement faisable".

"Ce qui signifie selon moi qu'ils peuvent donner au vainqueur des élections grecques, qui qu'il soit, un peu de mou à la marge, sur l'austérité, ce qui veut dire qu'on peut probablement repousser les objectifs de déficit".

Mais les réformes structurelles critiquées par M. Tsipras, elles, seront plus difficiles à renégocier, relève M. Kirkegaard.

"Un compromis, c'est quand on voit un nouveau gouvernement qui s'agenouille devant la Commission européenne et qui dit, oui, on va faire les réformes que vous nous avez demandées", pour l'économiste Adam Lerrick, l'American Enterprise Institute, un institut de recherche libéral à Washington.

"Et puis en face ils disent, merveilleux, nous comprenons que l'économie va très mal, et donc on va vous donner un ou deux ans de plus pour atteindre votre cible".

Mais tout dépendra de la confiance que l'Europe sera prête à accorder à un gouvernement a a échoué deux fois de suite à tenir ses engagement. "Si l'Europe ne peut pas faire respecter les règles, alors le système budgétaire ne peut pas fonctionner", souligne M. Lerrick.

Comme Tsipras a promis de faire céder l'Europe, si c'est Syriza qui gagne les élections, "je crois qu'on verra au moins un ou deux mois de négociations", qui ne feront qu'ajouter aux difficultés de la Grèce, ajoute M. Lerrick.

© 2012 AFP