Le dirigeant conservateur Antonis Samaras (C) donne une conférence de presse à Athènes, le 17 juin 2012 après le second tour des législatives

La victoire à l'arraché de la droite pro-euro aux législatives en Grèce, cruciales pour l'avenir du pays et de la zone euro, devrait rassurer les marchés, qui attendront toutefois la formation d'un gouvernement crédible à Athènes pour sortir de l'incertitude.

Au moment où la zone euro traverse une période de grande tension, marquée par un envol des taux d'emprunt de l'Espagne et l'Italie sur le marché obligataire, les investisseurs placent aussi leurs espoirs dans une intervention des dirigeants politiques et des banques centrales en cas d'instabilité durable.

"Une nouvelle phase commence"

La droite conservatrice grecque semblait finalement en mesure dimanche soir de former une coalition pro-euro et son chef de file Antonis Samaras, qui s'est engagé à maintenir le pays ancré dans la monnaie unique, a appelé à un "gouvernement d'union nationale".

La Nouvelle Démocratie serait en mesure de s'assurer une majorité absolue avec les 33 sièges des socialistes mais le leader du Pasok, Evangelos Venizelos, réclame l'apport de "plusieurs autres forces de gauche", dont Syriza, la formation radicale anti-rigueur qui a rejeté l'appel d'Antonis Samaras.

Plus que l'élection en elle-même, les marchés attendront donc la formation d'un gouvernement.

"Une nouvelle phase commence", résumait avant l'issue du scrutin Nicolas Just, responsable de la gestion d'actions chez Natixis AM, avec entre autres scénarios "une potentielle période de reconstruction politique" mais aussi le risque d'une nouvelle "longue période de turbulence".

Pour les marchés, "il n'y a pas de scénario rose", préviennent les économistes du courtier Aurel BGC, puisque les partis qui vont arriver au pouvoir devront prouver leur crédibilité et prendre rapidement des décisions.

"Préparés au pire"

Selon Alexandre Baradez, analyste chez Saxo Banque, il reste que "les marchés se sont préparés au pire", comme en témoigne la baisse continue des places financières depuis trois mois.

Les stratégistes du Crédit Mutuel-CIC veulent croire que "l'Europe a encore les moyens de sortir par le haut de la crise grecque". Selon eux, l'élection ne pourrait que "précipiter la prise de décisions structurelles, favorables dans la durée à la zone euro".

"Les investisseurs ont quand même quelques espoirs, sinon les marchés n'auraient pas tenu comme ils l'ont fait en cette fin de semaine", selon M. Baradez.

Au-delà de solutions de long terme, les investisseurs sont convaincus que le lendemain de l'élection, les responsables politiques ne resteront pas bras croisés.

Les ministres des Finances de la zone euro émis le souhait dimanche soir que la Grèce se dote rapidement d'un nouveau gouvernement pour conduire les réformes promises en échange de l'aide financière accordée au pays.

Mais les signes apparaissent d'une volonté de tendre la main à Athènes. L'Allemagne s'est dite prête à discuter des délais de mise en oeuvre des réformes. "Il faut de la discipline mais il faut aussi de l'espoir", a renchéri le ministre français des Finances Pierre Moscovici.

Le calendrier est en outre favorable puisqu'un G20, un Eurogroupe et une réunion européenne à quatre (Allemagne, France, Espagne et Italie) sont prévus la semaine prochaine, avant un sommet des 27 pays de l'UE fin juin.

Des informations de presse ont également circulé selon lesquelles les banques centrales prendraient des mesures pour soulager les marchés.

Pour l'heure, "les marchés sentent qu'il y a une volonté d'agir et que les Européens veulent que le pays reste dans la zone euro", conclut M. Baradez.

© 2012 AFP