Le feu à Avinyonet de Puigventos, près de Figueras en Espagne, le 23 juillet 2012

Les pompiers luttaient sans relâche lundi contre le gigantesque incendie qui fait rage dans le nord-est de l'Espagne, près de la frontière française, et a fait quatre morts, tous français, obligeant aussi des milliers d'habitants à rester confinés chez eux.

Le feu, poussé par une très forte tramontane, a transformé en un immense brasier la région de La Junquera, la ville frontière située du côté espagnol, et les villages avoisinants.

La fumée était visible lundi depuis Barcelone, à plus de 150 kilomètres au sud de la frontière, et une odeur de brûlé enveloppait la ville.

Seule lueur d'espoir, lundi, l'incendie ne progressait plus, après avoir détruit depuis la veille 13.000 hectares de végétation, mais restait "hors de contrôle", a annoncé le ministre catalan de l'Intérieur, Felip Puig.

Trois cents pompiers et six bombardiers d'eau français participaient lundi à la mi-journée avec leurs homologues espagnols à la lutte contre le gigantesque incendie, a annoncé le ministère français de l'Intérieur.

Cent pompiers supplémentaires ont été dépêchés lundi matin, en renfort des quelque 200 qui luttent depuis dimanche.

Une légère accalmie du vent a permis, dès l'aube, l'intervention des avions et hélicoptères bombardiers d'eau, 22 appareils au total, espagnols et français, qui appuyaient environ 500 pompiers au sol.

"L'incendie est toujours actif. Le vent est moins fort et les moyens aériens ont pu entrer en action", a déclaré à l'AFP une porte-parole des pompiers de Catalogne.

L'autoroute qui relie la France à l'Espagne, entre Figueres et Perpignan, fermée depuis dimanche, a pu rouvrir sur une voie, vers le nord. La ligne de TGV a également été rétablie.

Des milliers d'habitants confinés chez eux

En revanche, des milliers d'habitants restaient confinés chez eux, côté espagnol, dans 17 villages, tandis que ceux qui ont fui étaient hébergés dans des centres d'urgence, notamment à Figueres.

Les pompiers espéraient toutefois que la tramontane, vent qui souffle du nord-ouest, laisse place à un vent d'est venu de la Méditerranée et apportant de l'air plus humide, qui pourrait faciliter leur travail.

Depuis dimanche, d'énormes nuages de fumée noire s'élèvent au-dessus de la région, tandis que les flammes illuminent le ciel.

Selon les pompiers, le feu se trouvait lundi matin "à un ou deux kilomètres" de Figueres, à une vingtaine de kilomètres au sud de la Junquera, mais ne menaçait pas la ville.

En revanche, l'incendie a été maîtrisé dimanche soir dans le secteur de PortBou, une petite ville côté espagnol, sur la côte méditerranéenne.

C'est là que deux Français, un père et sa fille de 15 ans, avaient été tués en sautant dans la mer pour échapper aux flammes.

A cet endroit, la route côtière, envahie par la fumée, s'est transformée en piège pour des automobilistes, paniqués, qui ont abandonné leur voiture à l'approche des flammes, se lançant sur la paroi descendant vers la mer.

Certains ont pu être secourus. Mais trois personnes se sont jetées à la mer.

"Je les ai vus sauter"

"Je les ai vus descendre, un groupe de trois personnes. Ils sont partis dans le mauvais sens et je les ai vus sauter", témoignait lundi Xavier Mallol, 26 ans, près de la plage de PortBou.

"Au lieu de revenir vers le village, ils sont descendus vers la gauche, côté mer et se sont retrouvés piégés sur cet éperon", montrait l'ingénieur informaticien depuis la marina, "ils étaient trois, le père a sauté en premier, puis une femme a suivi." Le sort de cette dernière n'était pas connu lundi.

Deux autres Français ont été tués: un homme de 75 ans mort dimanche dans le village espagnol de Llers, près de La Junquera, d'une crise cardiaque après avoir vu sa maison entourée par les flammes, et un quatrième, âgé de 64 ans, a succombé lundi à de très graves brûlures.

L'incendie, probablement dû "à une imprudence", peut-être un mégot jeté par négligence, selon les autorités catalanes, avait éclaté dimanche sur le territoire de la commune franco-espagnole du Perthus.

Il s'est propagé très vite du côté espagnol, attisé par la tramontane soufflant à 90 kilomètres heure et par un air sec.

Face à l'urgence, les autorités ont décidé de confiner chez elles plusieurs milliers de personnes dans 17 localités de la région de l'Alt Emporda, au sud de la frontière, en leur demandant de fermer hermétiquement portes et fenêtres.

Outre les quatre morts, l'incendie a fait 23 blessés, selon le ministère catalan de la Santé, dont huit restaient hospitalisés lundi.

Les incendies de forêt et de broussailles sont particulièrement nombreux cette année en Espagne, où l'hiver a été le plus sec depuis environ 70 ans.

Début juillet, un incendie a fait rage pendant plusieurs jours dans la région de Valence, dans l'est du pays, détruisant 50.000 hectares de végétation.

La semaine dernière, c'est à Tenerife, dans l'archipel des Canaries, qu'un nouveau feu s'est déclaré sur les flancs du mont Teide, en bordure d'un important parc naturel classé au patrimoine de l'Unesco.

© 2012 AFP