Salman al-Khafaji, guérisseur irakien, consulte le 27 juin 2012 depuis son cabinet de Badgad

Chaque jour, des dizaines d'Irakiens consultent Salman al-Khafaji, le guérisseur, dans son cabinet de Bagdad, dans l'espoir que ses pommades leur apportent l'apaisement que les médecins des hôpitaux publics n'ont pas pu leur procurer.

A 82 ans, M. Khafaji fait partie d'une espèce en voie de disparition dans le paysage médical irakien: celle des guérisseurs, trop heureux de soulager, moyennant finances, des hôpitaux en manque de médicaments et de personnel durant l'embargo décrété contre le pays après l'invasion du Koweït en 1990, puis à l'époque de la flambée de violence qui a ensanglanté l'Irak après l'invasion de 2003.

Aujourd'hui, le système de santé irakien tient à peu près debout, mais trop souvent les patients qui ont besoin de traitements réguliers se plaignent de ce que leur médecin change d'une visite sur l'autre ou de l'incompétence de certains praticiens.

Salman Khafaji est spécialisé dans les problèmes de peau et applique à ses patients des crèmes et des pommades élaborées par ses soins.

"Parfois, je reçois des patients qui viennent directement de l'hôpital Yarmouk ou de la Cité médicale", deux des plus gros hôpitaux de la capitale irakienne, souligne M. Khafaji. "Ils ont besoin de traitements longs. Mais ces soins ne sont pas toujours disponibles dans les hôpitaux".

Salman al-Khafaji reçoit chez lui, dans sa maison du quartier de Karrada où, sur les murs, des versets du Coran côtoient des icônes de la Sainte Vierge.

Si, avec sa blouse blanche et son air grave, il a les attributs du médecin, ses patients savent à quoi s'en tenir. Aucun ne s'aventure à l'appeler "docteur". Ils lui préfèrent le terme de "Hajji", un titre donné aux hommes musulmans d'un certain âge qui ont effectué le Hajj, le pèlerinage de La Mecque.

Mohammad Hassan a 16 ans et des bandages plein la tête, les bras et les jambes. Le jeune homme souffre de graves brûlures après avoir été pris au piège dans une voiture qui avait pris feu.

Allongé dans le cabinet de M. Khafaji, Mohammad raconte: "à l'hôpital, les médecins m'ont dit que j'aurai besoin de temps pour me remettre. Mais comme les brûlures continuaient à me faire souffrir, je suis venu ici et ça va beaucoup mieux".

Le fils de Tarek Aziz dans son cabinet

M. Khafaji a obtenu son diplôme d'infirmier en 1957. Il a passé 21 ans dans les hôpitaux publics de Bagdad, des provinces d'Anbar (ouest) et de Wasit (sud).

Il a ouvert son cabinet à la fin des années 70, s'éloignant progressivement de son travail en hôpital pour finalement y renoncer et se consacrer entièrement à ses patients.

Aujourd'hui, son cabinet est ouvert sept jours sur sept. Et, bien que chaque consultation soit facturée la coquette somme de 40.000 dinars (environ 32 dollars), son succès ne se dément pas.

Les victimes des violences des terribles années 2006-2008 ont cédé la place à des patients "victimes d'accidents domestiques", note Safaa al-Khafaji, un des trois fils du guérisseur.

Le bouche à oreille draine une clientèle des plus diverses. Il n'est pas rare qu'il ait à soigner les proches de hauts responsables irakiens, comme le fils de Tarek Aziz, l'ancien Vice-Premier ministre de Saddam Hussein qui attend aujourd'hui son exécution dans une prison de Bagdad.

Les autorités médicales irakiennes disent être conscientes du rôle joué par les guérisseurs dans la société irakienne, mais conseillent vivement aux malades de ne consulter que des médecins dont l'activité est encadrée.

"J'ai vu quatre médecins en Irak, je suis allé deux fois en Egypte pour me faire soigner, mais ça n'a pas donné grand chose", explique Adil Mohamed, qui a fait les 100 km qui séparent Hilla, sa ville, de Bagdad pour être soigné par M. Khafaji pour un hématome à la cuisse droite. "Après quelques séances chez lui je me sens déjà beaucoup mieux".

© 2012 AFP