Photo fournie par l'opposition syrienne montrant des manifestations anti-régime à Alep le 23 juin 2012

La Turquie a réclamé dimanche une réunion de l'Otan au sujet de son avion abattu vendredi par la Syrie, dont le régime a encore perdu des soldats dans les violences qui font désormais régulièrement plus de 100 morts par jour.

La Turquie a remis une note de protestation officielle à la Syrie dénonçant cet incident grave, qualifié d'"éhonté" et "inacceptable" par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton qui a promis de travailler avec Ankara sur une réaction appropriée.

Elle a dénoncé le "non-respect" par les autorités syriennes "des lois internationales, de la vie humaine, de la paix et de la sécurité".

Après 116 morts samedi, la répression et les combats ont fait déjà au moins 72 victimes dimanche, dont 36 civils et 27 soldats tués pour la plupart dans des combats contre des rebelles dans les provinces d'Alep, d'Idleb (nord) et de Deir Ezzor (est), selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

De l'autre côté de la frontière, les autorités turques, qui avaient joué l'apaisement samedi, ont affirmé que l'avion de chasse turc abattu vendredi en Méditerranée volait alors dans l'espace aérien international, à 13 milles nautiques de la Syrie, pour une mission d'entraînement sans armes.

Ankara a réclamé une réunion d'urgence de l'Otan, dans le cadre de l'article 4 du traité fondateur de l'Alliance, qui permet des consultations "chaque fois que (...) l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée". L'Alliance atlantique a confirmé que la réunion se tiendrait mardi.

Les deux pilotes de l'avion étaient toujours portés disparus.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a prévenu Damas que "personne ne peut se permettre de mettre à l'épreuve les capacités (militaires) de la Turquie", précisant toutefois que l'option militaire n'était pas d'actualité pour riposter.

Les relations entre Ankara et Damas, deux alliées avant le début du mouvement de contestation contre Bachar al-Assad en mars 2011, sont très tendues. La Turquie a appelé au départ du président syrien et accueille sur son sol 32.500 réfugiés syriens ainsi que des soldats rebelles et l'opposition politique.

Avant ces déclarations, le porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères, Jihad Makdessi, a répété que l'avion turc avait été abattu "à l'intérieur de l'espace aérien syrien", et qu'il s'agissait "d'un incident et non d'une agression", Damas n'ayant fait qu'exercer son "droit de défense".

L'Iran, allié de Damas, a demandé à la Turquie et à la Syrie de faire preuve de "retenue" tandis que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et le chef de la diplomatie britannique William Hague ont fait part de leur "profonde préoccupation". L'Organisation de coopération islamique (OCI), s'est inquiétée des répercussions de l'incident sur "la sécurité et la stabilité régionales".

"100 morts tous les jours"

Entretemps, le cargo russe transportant hélicoptères Mi-25 et armes pour Damas, qui avait dû faire demi-tour au large de l'Ecosse sans avoir pu se rendre en Syrie, a accosté dimanche dans un port du nord-ouest de la Russie, où il attend désormais des instructions.

Des appareils de ce type ont été utilisés dans la répression menée par le régime syrien ces derniers mois. Cette livraison d'armes doit être évoquée lors des discussions prévues prochainement entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue américaine Hillary Clinton à Saint-Pétersbourg.

Sur le terrain, les violences ont atteint un nouveau pallier, avec des bilans qui dépassent quotidiennement la centaine de morts.

"Il est devenu normal d'avoir 100 morts tous les jours", a déploré le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, à l'AFP, dénonçant l'"absence de décisions de la communauté internationale" au sujet de la crise en Syrie.

Parmi les victimes de dimanche figurent 16 civils, dont une enfant, tués dans la ville de Deir Ezzor (est), sous le feu de l'armée depuis plusieurs jours en raison de la grande concentration de rebelles qu'elle abrite.

L'agence officielle Sana rapporte également des combats dans la ville où les forces du régime ont tué "des dizaines de terroristes", indiquant par ailleurs qu'un "groupe terroriste a enlevé le mufti de Deir Ezzor, Abdel Kader el-Raoui".

Sur le plan politique, le régime a annoncé samedi un nouveau gouvernement, aussitôt dénoncé par l'opposition comme un jeu de dupes. L'ancienne garde a été maintenue, même si pour la première fois, un portefeuille de "réconciliation nationale" a été créé.

© 2012 AFP