- Conférence de Rio : changer la manière dont on pense l'économie

La première chose qui nous vient à l'esprit en pensant à la conférence Rio+20, c'est peut-être celle-ci : réunir 50 000 personnes dans une lointaine banlieue de Rio est-elle vraiment la meilleure façon de sauver la planète ? Des milliers de vols d'avion, des centaines de gros autocars qui font la navette plusieurs fois par jour entre les grands hôtels de Copacabana et le Riocentro à 50 km de là, des centaines de tonnes de déchets produits, tout ça pour s'entendre sur la façon de moins polluer ?

Soit, c'est une réflexion légitime. Mais la réalité est beaucoup plus complexe. Car Rio+20, c'est beaucoup plus qu'assurer la protection de l'environnement. L'objectif de cette grande rencontre, c'est de redéfinir le paradigme de l'économie de marché actuelle, qui crée une pression trop forte sur les écosystèmes de la planète. Les études scientifiques font toutes le même constat : les ressources énergétiques s'épuisent, la mer se vide de ses poissons, la désertification gruge du territoire, les forêts disparaissent, bref, ça va mal. Le plus récent bilan de l'état de la planète du Programme des Nations unies pour l'environnement (GEO-5) affirme même que « les pressions exercées sur les écosystèmes de la terre poussent ces derniers vers leurs limites biophysiques et que ces limites sont presque déjà atteintes ».

Changer la structure de l'économie

Avec Rio+20, l'ONU souhaite donner une impulsion pour que les pays restructurent leurs rapports économiques et se tournent vers une nouvelle économie, plus verte, décarbonisée, et plus juste. Il y a 20 ans, le Sommet de la Terre de Rio avait suscité de grands espoirs. Qui ne se souvient pas de Jacques-Yves Cousteau et son petit bonnet, une star mondiale à l'époque! C'est à Rio que sont nées la Convention-cadre de l'ONU sur les changements climatiques (qui donnera naissance au protocole de Kyoto), la Convention sur la diversité biologique et la Convention sur la désertification. Mais force est de constater que, 20 ans plus tard, la dégradation environnementale se poursuit. Pire, elle s'accélère.

C'est là le pari de cette grande rencontre : redonner des dents à un processus qui n'a jamais contraint quelconque gouvernement à agir, et provoquer la transition d'une économie gloutonne à une économie au profit de l'humain.

Pour y arriver, les Nations unies proposent de créer une gouvernance environnementale mondiale. Certains prônent, comme la plupart des pays en développement, la création d'une Organisation mondiale de l'environnement, comme il y a une Organisation mondiale du commerce. En somme, une gestion mondiale de la protection de l'environnement.

On l'imagine, les opposants à cette approche sont légion. Le Canada, qui fait office de mauvais garçon depuis quelques années sur le front environnemental, mais aussi les États-Unis, le Japon, la Russie, la Chine et plusieurs pays européens. Encore le sempiternel fossé entre le Nord et le Sud, si présent dans les tractations sur le climat, qui revient.

Disons-le, personne n'a de grands espoirs d'en arriver à un succès. La cause est noble, mais tellement complexe. Négocier à 193 autour d'une table, sur un enjeu aussi vaste, amène évidemment des divergences. Mais y a-t-il une autre façon de faire pour éviter que le sort de la planète ne soit décidé par un petit club de pays? On attend vos idées!

Un texte d'Étienne Leblanc